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    Vos finances

    La faible croissance des salaires ne sera pas sans conséquence

    Il n’y a pas que la faiblesse persistante des taux d’intérêt qui crée des distorsions. Celle des salaires n’est également pas sans conséquences « nuisibles ». L’endettement et la capacité d’épargne s’en trouvent pris en otage.

     

    On ne cesse d’évoquer la vigueur du marché du travail et l’amélioration de la santé financière des ménages. Elles expliquent ces multiples révisions à la hausse des perspectives de croissance de l’économie canadienne en 2017. Elles nourrissent également l’argumentaire justifiant que le resserrement des règles d’accès à la propriété n’a pas eu les effets négatifs appréhendés par certains.

     

    Le cabinet de recherche immobilière JLR s’en sert également pour comprendre pourquoi les ventes immobilières poursuivent leur progression dans tous les segments, de même que le prix médian, et que les mauvaises créances poursuivent leur recul. « Depuis le début de l’année, le nombre de délaissements et de préavis d’exercice a baissé relativement à la même période en 2016. Ceci peut être expliqué par la force de l’économie québécoise et canadienne. Le Québec a enregistré une hausse du nombre d’emplois au premier trimestre de 2017 », peut-on lire dans la note de mai du cabinet.

     

    En mars dernier, l’économiste principale du Mouvement Desjardins, Hélène Bégin, évoquait également une conjoncture particulièrement favorable pour les ménages pour expliquer la résilience du marché immobilier résidentiel aux règles d’accès plus strictes. Elle retenait que l’économie du Québec a inscrit l’an dernier sa plus forte croissance de l’emploi à temps plein depuis 2007.

     

    Allégements fiscaux

     

    L’économiste rappelait toutefois que la progression des revenus des ménages a été alimentée par les allégements fiscaux, tels que la bonification de la prestation universelle pour la garde d’enfants, les baisses d’impôt au niveau fédéral et l’élimination complète de la contribution santé du gouvernement du Québec dès 2017. Résultat : « les revenus après impôts et inflation des ménages ont connu la plus forte hausse depuis la dernière récession », disait-elle.

     

    Or, cette corrélation masque une faiblesse structurelle importante. La hausse des salaires ne suit pas. Pire. La croissance des salaires horaires était deux fois plus vigoureuse au lendemain de la Grande Récession que maintenant.

     

    L’économiste Jimmy Jean, de Desjardins, s’est « amusé » à décortiquer les statistiques sur la rémunération selon les divers grands agrégats. Il en conclut que cette image faite à partir des données de l’Enquête sur la population active de Statistique Canada n’est pas aussi sombre. Selon une autre référence, soit l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail, la croissance actuelle des salaires horaires serait plus rapide, sans être spectaculaire, pour avoisiner les 2 % et se maintenir au-dessus de l’inflation.

     

    Mais une fois cela dit, l’augmentation demeure toute aussi chétive que celle de l’inflation à laquelle elle est rattachée. Et la situation est problématique à l’échelle mondiale, nous dit Jimmy Jean. Aux États-Unis, par exemple, où le taux de chômage se situe à un creux cyclique, les salaires sont en hausse annuelle de seulement 2,5 %, contre 3,5 % lors du dernier cycle où le taux de chômage avait atteint le même niveau. Au Royaume-Uni, au Japon, en Allemagne, la situation est similaire et devient structurelle, sous l’effet cumulé d’une inflation anémique, du déplacement de la production vers les pays à faibles coûts de main-d’oeuvre et d’une croissance atone de la productivité du travail.

     

    Cette faiblesse persistante de la croissance des salaires a pour effet « de rendre plus difficile le désendettement, ou encore l’accès à la propriété. Elle peut dans certains cas constituer un découragement à l’éducation. Elle freine l’épargne et précarise les retraites futures. »

     

    Cercle vicieux

     

    L’économiste ajoute : « lorsque les salaires évoluent faiblement, une banque centrale aura tendance à redouter que la normalisation de la politique monétaire heurte trop fortement les revenus disponibles après le paiement des frais d’intérêt, surtout dans les économies où l’endettement est très élevé. Il se crée alors un cercle vicieux, où les conditions monétaires accommodantes sont maintenues plus longtemps, incitant à l’endettement et gonflant la valeur des éléments d’actif […] Au bout du compte, l’économie est encore plus vulnérable à un choc de taux d’intérêt. »













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