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    Éditorial

    Double gâchis avec le système de paye Phénix

    Une organisation comptant environ 300 000 employés travaillant pour des filiales réparties dans dix provinces et trois territoires décide de centraliser son système de paye en s’appuyant sur un nouveau système informatique et de lancer le tout sans véritable mise à l’essai. Pure fiction ? Non. C’est ce que le gouvernement fédéral a fait et, aujourd’hui, des dizaines de milliers de fonctionnaires ont des problèmes de paye.


    La semaine dernière, le gouvernement fédéral a rendu public un rapport sur les leçons à tirer de son projet de centralisation et de modernisation de la paye, le projet Phénix. Lancé sous les conservateurs en 2009, Phénix devait générer des économies de 78 millions par an dès son entrée en vigueur. Approuvé par les libéraux au printemps 2016, le lancement a plutôt entraîné à ce jour des frais d’environ 1,4 milliard pour tenter de corriger le gâchis, selon Magali Picard, vice-présidente québécoise de l’Alliance de la fonction publique du Canada. Et ce n’est pas fini puisqu’environ 150 000 fonctionnaires seraient encore affectés.

     

    Pour gérer la paye des fonctionnaires fédéraux, il faut tenir compte de plusieurs lois, d’au moins 80 conventions collectives et de dizaines de milliers de codes touchant les salaires. Il y a aussi ces déductions à la source qui varient d’une province à l’autre.

     

    Un ménage s’imposait depuis longtemps, de l’avis de tous, mais encore fallait-il le faire de la bonne manière. Or, selon le rapport de la firme Goss Gilroy Inc. (GGI), des erreurs fondamentales ont été commises à presque toutes les étapes. En voici un petit échantillon : sous-estimation de la complexité de la tâche, gouvernance défaillante, manque de formation des futurs utilisateurs, tests insuffisants… On était si obsédé par la réduction des dépenses et le respect des échéanciers qu’on a fait fi de cette complexité, ne mettant pas dans le coup les conseillers en rémunération. En fait, les conservateurs ont même réduit leurs effectifs tant ils étaient persuadés d’avoir tout juste dès le départ.

     

    Au printemps 2016, les syndicats ont enjoint au gouvernement Trudeau de ne pas procéder, mais de corriger les problèmes rencontrés par les premiers ministères ayant adopté Phénix. Il a fait la sourde oreille, préférant se fier aux paroles rassurantes des hauts fonctionnaires. Deux mois plus tard, il reconnaissait que 80 000 fonctionnaires avaient des difficultés, mais promettait de régler le tout en quelques semaines. Le cafouillis dure toujours, et l’arriéré de transactions ne devrait diminuer qu’à partir de janvier 2018. Entre-temps, des étudiants attendent toujours leur paye estivale pour payer leurs frais de scolarité, des employés n’ont pas reçu de salaire depuis des mois, leur rente de retraite ou leur relevé d’emploi et, par ricochet, leur prestation d’assurance-emploi.

     

    En conférence de presse, le très partisan président du Conseil du Trésor, Scott Brison, ne se gênait pas pour rejeter la responsabilité sur ses prédécesseurs, mais c’est le gouvernement libéral qui a donné le feu vert au lancement de Phénix sans le mettre à l’essai et qui a ignoré les cris d’alarme des syndicats. Lui aussi qui a peu fait pour venir en aide aux employés affectés. Ce sont les syndicats qui ont obtenu de la Cour fédérale, en décembre 2016, une ordonnance intérimaire forçant le gouvernement à étendre à tous les ministères un système discrétionnaire d’avances salariales encore inégalement appliqué et bien peu généreux.

     

    Cette affaire est un vrai scandale, et le gouvernement doit rendre des comptes aux Canadiens. Le rapport de GGI est un premier pas, mais son examen s’arrêtait au printemps 2016. Ce qui s’est passé par la suite est tout aussi préoccupant. Le futur rapport du vérificateur général offrira des réponses supplémentaires, mais la tenue d’une véritable enquête publique indépendante ne devrait pas être exclue.













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