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    Pékin met au pas les «rhinos gris», ces conglomérats atteints de fièvre acheteuse

    12 août 2017 | Julien Girault - Agence France-Presse à Pékin | Actualités économiques
    Fleuron du secteur privé, le groupe Wanda a notamment fait l’acquisition de 20% du club de foot Atletico Madrid.
    Photo: Fred Dufour Agence France-Presse Fleuron du secteur privé, le groupe Wanda a notamment fait l’acquisition de 20% du club de foot Atletico Madrid.

    Pékin mène depuis juin une offensive inattendue contre les « rhinocéros gris » du pays : des conglomérats privés bien connectés politiquement, mais dont la frénésie d’acquisitions à l’étranger et l’endettement colossal sont désormais jugés menaçants pour le système financier chinois.

     

    La métaphore animale, empruntée à un essayiste américain, décrit des « dangers visibles de tous » et a fait l’objet fin juillet d’un éditorial cinglant du Quotidien du Peuple, porte-voix du Parti communiste. En cause : des fleurons du secteur privé — HNA (aéronautique, tourisme, hôtels), Fosun (tourisme, divertissement), Wanda (immobilier, cinéma, parcs d’attractions) et Anbang (assurance, hôtellerie) — dotés d’empires internationaux diversifiés.

     

    Ils sont connus pour leurs prises de choix : rachat du Club Med (Fosun), parts dans Deutsche Bank et les hôtels Hilton (HNA), le palace new-yorkais Waldorf Astoria (Anbang), acquisition du studio hollywoodien Legendary et de 20 % du club de foot Atletico Madrid (Wanda)… Selon des chiffres de la société Dealogic obtenus par l’AFP, ils ont à eux quatre réalisé pour quelque 83 milliards de dollars de fusions-acquisitions à l’étranger depuis 2013.

     

    Des investissements qui font pression sur la devise

     

    Après avoir encouragé longtemps cette fièvre d’investissements, Pékin a changé de ton : comme l’ont dévoilé Wanda et plusieurs médias en juin, les régulateurs chinois enquêtent sur les prêts contractés par ces différents groupes. « C’était prévisible : il y avait un endettement croissant de ces groupes, on savait que le problème surgirait » même si ces créances restent difficiles à évaluer, indique à l’AFP Christopher Balding, professeur à l’Université de Pékin. De plus, « un tel volume d’investissements exerçait une pression sur le cours de la devise chinoise », insiste-t-il.

     

    Le gouvernement cherche à préserver le yuan, mis à mal depuis 2015 par de massives fuites de capitaux, abonde Anne Stevenson-Yang, dirigeante du cabinet J Capital Research. Mais Pékin entend aussi reprendre le contrôle de groupes devenus trop puissants.

     

    Liens politiques

     

    Fers de lance de l’expansion chinoise à l’étranger, HNA, Fosun, Wanda et Anbang étaient crus intouchables en raison des solides relations politiques de leurs dirigeants milliardaires. Ancien militaire, le patron de Wanda, Wang Jianlin, deuxième fortune de Chine, a été délégué au 17e congrès du Parti communiste de 2007. Le président d’Anbang, Wu Xiaohui, aurait épousé une petite-fille de l’ex-dirigeant Deng Xiaoping.

     

    Mais le vent tourne : les autorités semblent désormais préoccupées par le poids de ces conglomérats, le labyrinthe de leurs filiales enchevêtrées et surtout leur niveau d’endettement — susceptibles de faire trébucher l’économie entière.

     

    Après la crise financière de 2008, ces groupes « sans compétences propres ont utilisé l’argent des plans de relance (gouvernementaux) et leurs connexions pour bâtir leurs empires », relève Mme Stevenson-Yang. Désormais, « on les accuse de détourner les stocks de devises du pays et d’écorner le prestige de la Chine ».

     

    Depuis juillet, les signes concrets d’une mise au pas apparaissent : Wanda a dévoilé la cession de 77 hôtels et de participations dans 13 projets touristiques, pour 7,7 milliards d’euros au total. Et selon l’agence Bloomberg, Pékin a enjoint à l’assureur Anbang — dont le président a été débarqué en juin — de vendre ses actifs à l’étranger. Dès fin 2016, Pékin avait mis en garde contre les acquisitions « irrationnelles » à l’international, dans le sport, le divertissement et l’immobilier.

     

    Mais tout le secteur privé a bu la tasse, seules pouvant continuer à investir à l’étranger les firmes soutenant l’économie réelle ou spécialistes des nouvelles technologies. « Mais comment définir l’irrationnel ? Personne ne sait. […] Les autorités donnent seulement de vagues directives », soupire Ivan Han, analyste du service d’informations financières Morning Whistle.

     

    En réalité « les opérations doivent désormais être approuvées une par une par le gouvernement, qui a le dernier mot. On est de retour dans une économie planifiée », indique-t-il à l’AFP. De quoi condamner les sociétés « à l’attentisme ». Résultat, les investissements chinois à l’étranger, hors secteur financier, se sont effondrés de 46 % au premier semestre, à 48 milliards de dollars, selon le gouvernement.

     

    « Ce retournement est fait pour durer », d’autant que « peu d’entreprises ont démontré leur capacité à bien gérer ces acquisitions internationales en créant des synergies », note André Loesekrug-Pietri, fondateur du fonds ACAPITAL. Dans ce contexte, les groupes étatiques pourraient tirer leur épingle du jeu, estime Christopher Balding. Et ce même s’ils souffrent des mêmes maux : folie des grandeurs et dette colossale, dont « même les régulateurs ignorent l’ampleur véritable ».













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