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    Idées – 40e anniversaire du premier budget Parizeau

    Jacques Parizeau savait cerner les enjeux importants

    8 avril 2017 | Luc Godbout - Titulaire de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’École de gestion à l’Université de Sherbrooke | Actualités économiques
    Jacques Parizeau, alors ministre des Finances, lors de la présentation de son premier budget en 1977
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jacques Parizeau, alors ministre des Finances, lors de la présentation de son premier budget en 1977

    Le 12 avril 1977, Jacques Parizeau présentait son premier de huit budgets consécutifs. En écrivant lui-même chacun de ses discours budgétaires, il a marqué la manière de présenter les budgets du Québec, sa plume claire et puissante lui a même valu une critique littéraire dans Le Devoir !

     

    Pour l’histoire, il devient intéressant de relire ses discours budgétaires et d’analyser les constats qu’il y faisait sur l’état des finances publiques, l’épargne et l’incitation au travail. Ceux-ci témoignent qu’il avait à coeur la bonne santé économique du Québec. Certains d’entre eux restent encore aujourd’hui d’une grande acuité, comme s’ils avaient été écrits récemment ; d’autres révèlent les avancées du Québec depuis.

     

    D’entrée de jeu, on ne peut cacher qu’ayant eu à produire ses budgets dans la foulée de crises pétrolières et de récessions, les déficits réalisés sous sa gouverne, mesurés en proportion du PIB, s’avèrent les plus importants que le Québec ait connus.

    Les écarts sont tellement élevés qu’il n’est nul besoin de faire la preuve que, dans aucune autre province, le fardeau fiscal combiné provincial et municipal n’est pas aussi lourd qu'au Québec
    Jacques Parizeau, en 1977
     

    Dans son premier discours (1977), Jacques Parizeau allait jusqu’à dire : « Il faut siffler la fin de la récréation. La remise en ordre est non pas seulement importante pour assurer et maintenir le crédit du Québec et de ses institutions. » Il soulignait même : « Il n’y a vraiment qu’une seule façon de dégager une marge de manoeuvre : c’est de sabrer les programmes existants et de réformer la tarification de certains services publics de façon à ce qu’elle reflète mieux le coût encouru par la collectivité. » Difficile d’utiliser une formulation plus claire !

     

    Au terme de son dernier discours (1984), il reconnaissait que « maintenant, nous avons ramené le coût des services publics à un niveau plus comparable à ce qui se fait ailleurs en Amérique du Nord. […] Le contrôle de l’expansion des dépenses devra impliquer que l’on procède chaque année à l’examen sélectif d’un certain nombre de programmes ». Procéder à un examen annuel des programmes, tiens donc !

     

    Recourir davantage à la tarification

     

    En matière de fiscalité, le constat de son premier discours (1977) était manifestement très limpide : « Les écarts sont tellement élevés qu’il n’est nul besoin de faire la preuve que, dans aucune autre province, le fardeau fiscal combiné provincial et municipal n’est aussi lourd qu’au Québec. » Il soulignait même que « [la tarification] avait été largement sous-utilisée et qu’on avait laissé croire indûment aux contribuables que les services publics étaient gratuits ». Recourir davantage à la tarification, un débat qui dure depuis des décennies !

     

    Jacques Parizeau n’était pas silencieux au sujet des pressions sur la dette. Dans son discours (1977), il souligne : « [O]n voit maintenant venir le jour où les prestations [des régimes de retraite des enseignants et des fonctionnaires] pèseront lourd sur les budgets et il arrivera qu’elles représenteront un fardeau insupportable. Les projections pour les années à venir du montant total des engagements sont franchement effrayantes. Il est donc plus que temps de s’attaquer à contrôler cette sorte d’explosion de l’endettement à venir de l’État. »

     

    S’il croyait au déficit pour stimuler l’économie à court terme et à l’endettement comme outil de développement économique, le regard d’aujourd’hui sur ses budgets révèle un homme qui a dû naviguer dans une mer économique trouble et qui a posé plusieurs gestes contre la dérive budgétaire.

     

    L’épargne et le capital de risque

     

    Jacques Parizeau a innové en matière de fiscalité en créant le Régime épargne-actions (REA) et le crédit d’impôt pour le Fonds de solidarité de la FTQ.

     

    Dans son discours (1979), il crée le REA qui poursuivait trois objectifs : la hausse de la participation des Québécois au marché boursier ; une meilleure capitalisation des entreprises québécoises et la réduction du fardeau fiscal des contribuables à hauts revenus, mais seulement pour ceux qui acceptent d’investir dans les entreprises québécoises.

     

    Manifestement, ce programme a accéléré la croissance d’entreprise y ayant eu accès, que l’on pense à Cascades ou à Couche-Tard. Les émissions de capital-actions des moyennes entreprises grâce au REA constituaient, à ses yeux, l’une des choses les plus importantes qu’il ait faites sur le plan économique.

     

    Un autre élément de fierté pour Jacques Parizeau était la création des fonds fiscalisés de travailleurs. Cette initiative a eu un bon effet pour développer du capital de risque pour les entreprises québécoises de moyenne dimension. De plus, il intégrait dans son analyse d’autres éléments bénéfiques, comme la sensibilisation des syndiquées aux réalités financières des entreprises. Trop souvent, ces considérations échappent au calcul économique.

     

    L’incitation au travail

     

    Jacques Parizeau a été sensibilisé aux interactions entre la politique fiscale et l’incitation au travail. En 1983, il soulignait qu’« […] il n’est guère intéressant pour les chômeurs ou les assistés sociaux de se remettre au travail, même quand le travail est disponible ; on souligne aussi souvent que d’obtenir une promotion n’est pas particulièrement incitatif sur le plan financier, même si le revenu initial est assez faible. De telles réactions sont très sérieuses et doivent être examinées. Après tout, une société doit être en mesure de reconnaître et de promouvoir l’intérêt financier au travail ».

     

    En effet, dans certains cas, la combinaison de la hausse des impôts et des cotisations à payer ainsi que la baisse des crédits d’impôt et des prestations sociales pour chaque dollar de revenu additionnel est énorme. J’aurais aimé discuter avec lui du « bouclier fiscal » proposé au terme des travaux de la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise.

     

    Un regard sur les budgets Parizeau témoigne de son sens hors du commun de la vulgarisation, de son esprit vif et de sa capacité à cerner les enjeux importants.

     

    Une version plus longue de ce texte est publiée sur le site de l’Association des économistes québécois













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