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    Critique théâtre

    «Filles en liberté» – Bêtes féroces de l’espoir

    14 novembre 2017 | Christian Saint-Pierre - Collaborateur | Théâtre
    Les mésaventures de cette galerie de personnages détestables et pourtant attachants permettent à l’auteure d’aborder des sujets aussi divers que le rôle de l’art, l’impact de la pornographie, le rapport à l’histoire, la quête de la performance et la soif de transmission.
    Photo: Claude Gagnon Les mésaventures de cette galerie de personnages détestables et pourtant attachants permettent à l’auteure d’aborder des sujets aussi divers que le rôle de l’art, l’impact de la pornographie, le rapport à l’histoire, la quête de la performance et la soif de transmission.

    Alors que Baby-sitter, redoutablement mise en scène par Philippe Lambert, vient de terminer sa tournée à travers le Québec, l’heure est déjà venue de créer une nouvelle pièce de Catherine Léger, un honneur qui revient à Patrice Dubois, directeur artistique du Théâtre PÀP.

     

    N’y allons pas par quatre chemins : Filles en liberté n’est pas aussi désopilante que Baby-sitter, pas aussi cinglante surtout, mais elle n’est pas moins pertinente, pas moins juste dans son observation d’une époque si trouble qu’elle ne semble pas offrir d’autre solution que la désespérance absolue ou le jovialisme à tout crin. La nouvelle pièce aborde des thèmes semblables à celle qui l’a précédée, à commencer par la redéfinition des rôles sexuels, mais elle s’engage plus franchement sur le territoire de l’identité, notamment nationale, évoquant les « bêtes féroces de l’espoir » de Gaston Miron dans un percutant mélange de fierté et de dérision.

     

    Dans l’appartement urbain et non meublé de Méli (Catherine St-Laurent), une jeune femme qui aspire à s’installer en banlieue pour devenir mère au foyer, se réunissent régulièrement Nick (Étienne Pilon), son compagnon, qui enseigne le cinéma au cégep, Cynthia (Laetitia Isambert), sa meilleure amie, étudiante en droit, et Pascal (Christian E. Roy), le meilleur ami de Nick, qui enseigne l’histoire de l’art, lui aussi au cégep. Parfois, Méli et Cynthia vont prendre un verre avec Chris (Clara Prévost-Dubé), leur amie d’enfance, autrefois hygiéniste dentaire et désormais webmestre. Autour de tout ce beau monde, composé de vingtenaires et de trentenaires, rôde Alain (Hugues Frenette), le concierge, en peine crise de la quarantaine.

     

    Les mésaventures de cette galerie de personnages détestables et pourtant attachants, défendus avec beaucoup de conviction et de nuances, permettent à l’auteure d’aborder des sujets aussi divers que le rôle de l’art, l’impact de la pornographie, le rapport à l’histoire, la quête de la performance et la soif de transmission. À partir de cette suite de courtes scènes aux dialogues colorés et acérés, Patrice Dubois donne une représentation étrangement sage. Hormis un très beau tableau d’ensemble au ralenti, la mise en scène est plutôt réaliste. Sauf à la toute fin, où on sort l’artillerie lourde : costumes, toile peinte et set carré qui nous ramènent aux débuts de la colonie.

     

    Avec son sens inouï du comique, son art de la réplique qui claque, mais surtout son parfait dosage de bouffonnerie et de gravité, détonnante juxtaposition d’enjeux intimes et collectifs, mais surtout politiques et féministes, Catherine Léger est en train de donner naissance à un genre aussi drôle qu’intelligent, une sorte de comédie sociale que l’on rêve de voir envahir les théâtres d’été et les festivals d’humour.

    Filles en liberté
    Texte : Catherine Léger. Mise en scène : Patrice Dubois. Une production du Théâtre PÀP. À la Licorne jusqu’au 2 décembre.












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