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    Critique théâtre

    «Omi Mouna» – La violence en héritage

    13 octobre 2017 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    Mohsen El Gharbi se révèle un interprète charismatique, chaleureux, qui habite une scène complètement dépouillée avec beaucoup d’expressivité.
    Photo: Alex Paillon Mohsen El Gharbi se révèle un interprète charismatique, chaleureux, qui habite une scène complètement dépouillée avec beaucoup d’expressivité.

    L’auteur et comédien Mohsen El Gharbi s’intéresse depuis longtemps aux origines de la violence individuelle, thématique qu’il explore à travers des monologues théâtraux. Il y a trois ans, Le dernier rôle partait du massacre de Polytechnique. Aussi présenté au MAI, Omi Mouna émane d’une source plus personnelle.

     

    S’interrogeant sur ce pesant héritage familial qu’est la brutalité paternelle, le Montréalais d’ascendance belgo-tunisienne tente de retracer l’histoire de son arrière-grand-mère centenaire. Sorte d’hommage à cette femme courageuse, dont il avait déjà fait le sujet d’un court métrage, Le secret d’Omi Mouna, en 2016, son monologue paraît suppléer aux déficits de la mémoire par l’imagination.

     

    Parti en Tunisie filmer la vénérable Omi Mouna, le narrateur se retrouve ainsi, comme par magie, catapulté à l’époque où son aïeule était une très jeune femme, captive d’un mari tyrannique. Un passé que Mohsen ne peut qu’observer en spectateur invisible, témoin d’événements dramatiques quant auxquels il ne peut que constater son impuissance. Amorcé comme un monologue autobiographique, le solo emprunte alors surtout la forme du conte. Une fable apparemment improvisée à partir d’un canevas, où le comédien, qui se réclame à la fois de la commedia dell’arte et de la « tradition orale du Maghreb », incarne avec un plaisir manifeste tous les personnages. La nature spontanée du texte, comme la distance forcée du narrateur par rapport à ce qu’il raconte, explique sans doute le caractère un peu décousu et anecdotique d’un récit qui paraît beaucoup transiter par les actions et les événements et rester extérieur quant à sa thématique.

     

    Le coeur du récit, c’est le mariage, d’une violence effrayante, qui lie Omi à un homme surnommé à juste titre Barbe grise, tant le personnage rigide et cruel, dont on ne comprendra jamais vraiment les motivations, s’apparente à un méchant digne d’un conte. Certaines scènes sont d’une puissante horreur. Mais le spectacle contient aussi pas mal de digressions humoristiques, voire adopte parfois un registre proche du stand-up. Comme dans ce récit du voyage initial en avion, avec ses observations comiques sur les différences culturelles.

     

    Si bien que, sur le plan du contenu, le spectacle finit par ressembler un peu à un périple plus riche en escales qu’en véritable destination. Mais Mohsen El Gharbi se révèle un interprète charismatique, chaleureux, qui habite une scène complètement dépouillée avec beaucoup d’expressivité. À coups de personnifications colorées, déployant un jeu très physique, où il mime les actions, il maîtrise l’art du conteur, ce rapport direct avec un public qu’il sait séduire.

     

    On retient aussi la belle figure d’Omi Mouna, une femme très digne, dont la force et la joyeuse résilience méritaient bien d’être préservées à travers une pièce.

    Omi Mouna (ou ma rencontre fantastique avec mon arrière-grand-mère)
    Texte et mise en scène de Mohsen El Gharbi. Conseiller artistique : Jean-Marie Papapietro. Conseiller dramaturgique : Patrick Cady. Une production de L’Acteur en marche. Au MAI jusqu’au 14 octobre.












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