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    «La mort d’un commis voyageur»: porter attention au destin de l’homme

    11 octobre 2017 | Chloé Gagné Dion - Collaboratrice | Théâtre
    Éric Bruneau et Marc Messier, fils et père dans «La mort d’un commis voyageur»
    Photo: Jean-François Hamelin Éric Bruneau et Marc Messier, fils et père dans «La mort d’un commis voyageur»

    Jalon du théâtre américain interrogeant la réussite dans un monde capitaliste, La mort d’un commis voyageur est plutôt travaillée sous l’angle des tensions familiales par le metteur en scène Serge Denoncourt. Sans toutefois que le versant tragique de l’histoire soit vraiment accessible dans cette production du Rideau vert, au sein de laquelle certains éclats de fragilité et d’emportement arrivent à émouvoir.

     

    Ayant travaillé toute sa vie, Willy Loman (Marc Messier) est au plus creux de sa fatigue, pris entre ses rêveries d’un avenir heureux et le ressassement de ses souvenirs. Orgueilleux à outrance, il se débat pour survivre aux transformations de son époque et garder la face devant son entourage, surtout devant ses deux fils, Biff (Éric Bruneau) et Happy (Mikhaïl Ahooja).

     

    Les dialogues livrés sur un rythme presque mitraillé et les querelles emportées de la famille Loman sont supportés par une mise en place assez simple. Malgré sa justesse, son côté statique semble empêcher une incarnation plus totale des personnages, qui manquent de chair et dépassent peu les mots qu’ils disent. L’accès à leurs drames souterrains, à leurs dénis et à leurs illusions est un peu court-circuité.

     

    Cela n’empêche pas Louise Turcot d’être touchante en mère fragile et en femme aimante. Et après l’entracte, l’interprétation de Messier d’un Willy en perte de contrôle, jusqu’au moment où il se cramponne à sa chaise, est franchement désarmante.

     

    Les difficiles questions du répertoire

     

    À la sortie du spectacle, une phrase du texte d’Arthur Miller reste en tête. Linda Loman, en défendant son mari devant ses fils, souligne que, même s’il n’est pas un grand homme, il faut « porter attention » à la vie de ce travailleur. Les petites gens vivent aussi leurs tragédies. La part de revendication dans l’énoncé est touchante, en plus de rappeler la pertinence de la pièce à sa création.

     

    Mais elle laisse aussi perplexe. En tenant compte des démarches actuelles pour une meilleure représentativité sexuelle et culturelle sur les scènes, des transformations du capitalisme, et des presque 70 années qui nous séparent de la pièce durant lesquelles le rêve américain fut combien de fois enterré pour se métamorphoser en mort-vivant, peut-on avancer que l’importance de « porter attention » au destin de cet homme déchu depuis longtemps relève de la nostalgie ?

     

    Vrai, il importe de raconter l’histoire de tous, y compris la misère de Willy Loman. Vrai aussi que les magnifiques dialogues de Miller demandent d’être entendus. Mais si la représentation peine à faire surgir ce qu’il y a de profondément terrible dans cette histoire, même si elle offre les quelques moments de vif attendrissement et de silences délicats, peut-elle opérer en tant que répertoire ? La question se pose.

    La mort d'un commis voyageur
    Texte : Arthur Miller. Traduction et mise en scène : Serge Denoncourt. Au théâtre du Rideau vert jusqu’au 4 novembre.












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