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    «Toutes les choses parfaites»: le récit intime qui se construit en groupe

    29 septembre 2017 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    Le comédien François-Simon Poirier doit habiter avec présence d’esprit le temps de la pièce, ce qu’il accomplit avec naturel et allant.
    Photo: PL2 Studio Le comédien François-Simon Poirier doit habiter avec présence d’esprit le temps de la pièce, ce qu’il accomplit avec naturel et allant.

    S’il fallait ajouter un autre item à la longue liste des plaisirs de la vie que dresse le narrateur de Toutes les choses parfaites, ce serait ça : un beau moment de symbiose collective entre une pièce et un public. Véritable feel good show, l’oeuvre de Duncan Macmillan donnait l’an dernier un parfait coup d’envoi à la sympathique formule des 5 à 7 de La Licorne lancée par la compagnie LAB87. Ce court spectacle assorti d’une collation est offert en rappel dans la salle de répétition.

     

    Le protagoniste y retrace comment, à l’âge de sept ans, il s’est mis à inventorier par écrit tout ce qu’il aimait (la crème glacée, « voir quelqu’un tomber »…) L’énumération visait alors à redonner le goût de vivre à sa mère dépressive, après une tentative de suicide. Mais la liste, allongée de façon exponentielle au fil des ans et de son parcours, oubliée puis exhumée, servira surtout à conforter le narrateur lui-même. Essentiel rappel de ce qui donne du prix, malgré tout, à l’existence.

     

    De cette prémisse toute simple mais pleine d’humanité, l’auteur Des arbres a tiré une oeuvre fort attachante. Adapté au contexte québécois, le spectacle dirigé par Frédéric Blanchette manoeuvre avec dextérité les ruptures de ton d’un texte qui suit la fluctuante courbe émotive de son personnage. Une pièce qui parle avec sensibilité de suicide, mais que l’humour illumine souvent.

     

    Mais la surprise est ailleurs : dans une forme narrative très souple qui abolit la distance entre la scène et la salle. Le récit se construit avec le concours actif des spectateurs. Certains sont enrôlés pour incarner des personnages secondaires par l’interprète François-Simon Poirier, qui leur souffle leurs répliques. Ou pas…

     

    Et ça fonctionne étonnamment bien — du moins le jour où j’y étais. Une grande complicité se crée dans cette très petite salle. Comment les acteurs impromptus se dépatouillent dans leur rôle devient évidemment une source de drôlerie. Mais le procédé peut aussi donner lieu à des moments étrangement touchants, comme cette conversation père-fils jouée par un spectateur d’abord réticent, dont la retenue même semble ajouter au caractère poignant de la scène. Ce jeu de rôles collectif éclaire l’universalité d’un récit intime dans lequel on peut tous se reconnaître. Et l’importance des autres dans nos histoires bien humaines d’amour et de deuil, d’épreuves et de résistance.

     

    Improvisant, s’adaptant aux réactions des participants, « dirigeant » ses partenaires d’un soir : c’est dire combien François-Simon Poirier doit habiter avec présence d’esprit le temps de la représentation. Ce qu’il accomplit avec naturel, allant et grande aisance.

     

    Ce solo qui n’en est pas vraiment un rend patent le caractère fondamental — et pour l’instant irremplaçable — de l’expérience scénique : une rencontre qui se tricote dans l’instant présent, dans un rapport mouvant avec le spectateur.

    Toutes les choses parfaites
    Texte : Duncan Macmillan. Traduction : Jean-Simon Traversy. Mise en scène : Frédéric Blanchette. Dans la salle de répétition de La Licorne, jusqu’au 6 octobre. Supplémentaires du 9 au 12 octobre.












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