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    Critique théâtre

    «Psychédélique Marilou» – Timothy Leary à la rescousse

    27 septembre 2017 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    Alice Moreault et Bruno Marcil dans une scène de la jouissive pièce «Psychédélique Marilou»
    Photo: Suzane O’Neill Alice Moreault et Bruno Marcil dans une scène de la jouissive pièce «Psychédélique Marilou»

    Que sont nos idéaux devenus ? Alors qu’un demi-siècle exactement nous sépare du Summer of Love, Pierre-Michel Tremblay confronte la réalité actuelle à une utopie hippie qui, pour n’avoir vécu qu’une courte période, continue d’alimenter la nostalgie. En dressant cet inventaire, l’auteur satirique dépeint un « ici et maintenant » qu’on reconnaît fort bien : lassitude de l’austérité, cynisme envers la politique, incertitude quant à un avenir qui apparaît autrement plus glauque pour les jeunes d’aujourd’hui que pour les enfants du Flower Power…

     

    Incertaine quant au sens à donner à sa vie, la vingtenaire Marilou (juste Alice Moreault) a du mal à se fixer sur le sujet de son mémoire de maîtrise : l’héritage du mouvement hippie. Ses parents baby-boomers, eux, vivent une crise professionnelle. Et c’est ici qu’intervient l’élément singulier et ludique de Psychédélique Marilou : la figure symbolique de Timothy Leary apparaît pour guider cette famille désenchantée.

     

    Agissant à la fois comme mentor, narrateur, maître de cérémonie et truth-teller sarcastique, le chantre du LSD permet une forme dramaturgique souple. Son brillant interprète, le polyvalent Bruno Marcil, fait les transitions entre les scènes et incarne les autres personnages. Notamment un professeur cherchant dans la séduction de ses étudiantes un antidote à sa peur de vieillir. (On ne peut ici s’empêcher de penser au Déclin de l’empire américain, d’autant que Marcil reprenait le rôle de Pierre Curzi dans la récente adaptation scénique...)

     

    Avec son mentor imaginaire et les deux musiciens (Thomas B. Champagne et Alexis Aubin-Marchand) qui ponctuent parfois les dialogues, la forme rappelle à certains égards celle du précédent Coma Unplugged. Campé dansun environnement tripatif adéquat, le spectacle est mis en scène rondement par Philippe Lambert.

     

    Sur le plan réflexif, on pourrait dire qu’il n’y a rien de très neuf dans les constats de la pièce. Guère besoin d’un voyage à San Francisco, berceau de la contre-culture devenu mecque technologique hors de prix, pour avoir la révélation que « les hippies sont devenus des yuppies ». Ou, comme le décrète un autre personnage, que l’aspiration de liberté s’est muée en néolibéralisme. Psychédélique Marilou est peut-être plus légère, en fin de compte, que d’autres comédies signées par l’auteur d’Au champ de Mars. Sans le fond dramatique sur lequel celles-ci s’édifiaient souvent (maladie, mort, guerre). Mais comment bouder son plaisir ?

     

    La jouissive pièce n’épargne ni le créateur de théâtre prétentieux ni certaines tendances à la mode. Tremblay sait mettre en évidence le ridicule de leurs aveuglements sans sacrifier sa tendresse pour ses personnages. Il faut voir Jacques Girard en homme de « centre droit » incapable d’expliquer le système économique qu’il défend. Quant à l’hilarante Isabelle Vincent, la comédienne nous rappelle constamment l’ampleur de ses dons comiques.

    Psychédélique Marilou
    Texte de Pierre-Michel Tremblay. Mise en scène de Philippe Lambert. À La Grande Licorne jusqu’au 28 octobre.












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