Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Critique théâtre

    «Bashir Lazhar»: apprendre à vivre

    26 septembre 2017 | Christian Saint-Pierre - Collaboration | Théâtre
    Le comédien Rabah Aït Ouyahia livre une interprétation tout à fait honnête.
    Photo: Valérie Remise Le comédien Rabah Aït Ouyahia livre une interprétation tout à fait honnête.

    On a connu Bashir Lazhar sous les traits de Denis Gravereaux. C’était il y a dix ans, dans l’intimité de la salle Jean-Claude-Germain. Dirigé par Daniel Brière, le regretté comédien avait insufflé à son personnage une conviction peu commune. Quand le professeur d’origine arabe qu’il incarnait s’adressait à nous sur un ton sévère et néanmoins bienveillant, nous devenions ses élèves, ni plus ni moins.

     

    Parce que la pièce d’Evelyne de la Chenelière, dont Philippe Falardeau a fait un film en 2011, n’a rien perdu de sa pertinence, loin de là, mais aussi parce qu’elle a conservé sa beauté et sa force de frappe, qui passe le plus souvent par une retenue admirable, Sylvain Bélanger a souhaité la recréer. Bien entendu, aujourd’hui, alors que la question du vivre-ensemble se pose en termes cruciaux, alors que de nombreux migrants, réfugiés politiques, climatiques ou autres sont au Québec en quête d’un avenir meilleur, le parcours de Bashir est d’une actualité plus troublante encore.

     

    Immigrant sans permis de travail, Bashir porte le deuil de sa femme et de sa fille. Dans la cohue qui suit le décès de Martine Lachance, la professeure de sixième année B qui s’est pendue en pleine classe, l’homme, dont la grande sagesse compense l’absence d’expérience dans le domaine de l’enseignement, parvient à se faire engager comme remplaçant. En échangeant avec ses élèves, mais aussi avec ses collègues, à commencer par la directrice de son école, Bashir nous renvoie une image impitoyable de notre système scolaire et, par extension, de notre société déséquilibrée, sujette à toutes les peurs et à tous les extrémismes, une communauté dont les membres sont loin de jouir de chances égales.

     

    Impossible de rester insensible aux considérations de Bashir sur les thèmes les plus divers, du bonheur à la mort, de l’art à la violence, de la danse à la conjugaison. Mais on s’explique mal que le metteur en scène ne se soit pas saisi des nombreux retours en arrière, ces moments souvent poignants où l’homme s’adresse à sa femme, à sa fille, au commissaire, au juge ou à Dieu, ces échappées graves ou nostalgiques qui font la grande originalité de la pièce, pour leur donner un caractère particulier, hors du temps.

     

    Un peu perdu sur le vaste plateau presque vide de la salle principale du Théâtre d’Aujourd’hui, sous des éclairages beaux mais plutôt froids, Rabah Aït Ouyahia livre une interprétation tout à fait honnête, mais qui, elle aussi, comme l’ensemble de la représentation, manque de relief. Sous cette forme, dans cet écrin, l’histoire de Bashir Lazhar n’est jamais aussi émouvante, jamais aussi dérangeante et surtout jamais aussi inspirante qu’elle devrait l’être.

    Bashir Lazhar
    Texte : Evelyne de la Chenelière. Mise en scène : Sylvain Bélanger. Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 14 octobre.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.