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    L’abandon des générations suivantes

    5 septembre 2017 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    Frédéric Blanchette a été séduit par la pièce créée originellement en Australie en 2008.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Frédéric Blanchette a été séduit par la pièce créée originellement en Australie en 2008.

    Cela ne s’invente pas : la pièce que fait découvrir la compagnie Jean Duceppe en cette fin d’été marquée par des inondations catastrophiques s’intitule Quand la pluie s’arrêtera. Créée en Australie en 2008, où elle a été accueillie par un déluge de prix, l’oeuvre a franchement séduit Frédéric Blanchette. « C’est la première fois où je me dis en lisant une pièce : « mon Dieu, quelle grande pièce environnementale ! » Je trouvais rarement que ces préoccupations — que je sentais un peu plaquées ou prêchi-prêcha — donnaient du grand théâtre. Ici, il y a un message très important sur les bouleversements climatiques, mais vraiment ancré dans le coeur et les motivations des personnages. »

     

    Le metteur en scène amorce ainsi une saison 2017-2018 particulièrement chargée : entre ce spectacle qui débute le 6 septembre jusqu’à Trahison d’Harold Pinter — l’une de ses cinq pièces préférées —, au Théâtre du Rideau Vert, cinq productions porteront sa griffe sur différentes scènes. Sans compter un spectacle dans lequel il jouera, L’idiot au TNM.

     

    Véritable touche-à-tout théâtral, Frédéric Blanchette a aussi traduit lui-même le texte d’Andrew Bovell (scénariste notamment du jouissif Strictly Ballroom, réalisé par Baz Luhrmann). Une tâche qu’il considère un peu comme complémentaire à son rôle de metteur en scène. « J’adore arriver en salle de répétitions en ayant déjà fait le travail de traduction. On a vraiment le sentiment d’avoir les mains dans la matière. Pour bien traduire, je trouve, il faut être dans la pensée de l’auteur. Comme dit Jean-Marc Dalpé, il faut avaler la pièce et la recracher. »

     

    Le récit de Quand la pluie s’arrêtera se déploie à travers quatre générations, entre 1959 et 2039, se projetant dans un avenir dystopique sur le plan climatique. « C’est une sorte de fresque sur notre incapacité à bien s’occuper de ceux qui nous suivent, de ceux qui vont hériter de cette planète après nous. On voit notre insouciance, nos négligences. » Mais le texte, qui décrit avant tout des liens familiaux brisés, procède par analogies. Les pères disparus ou abusifs deviennent ainsi la métaphore « du tort qu’on fait aux générations futures en ne changeant pas nos modes de vie, même si on sait qu’ils sont destructeurs ».

     

    Tissant un fil entre plusieurs époques, se promenant « dans un même souffle » entre des scènes au ton réaliste et d’autres à la facture beaucoup plus onirique, la pièce expose comment l’impact du passé perdure dans le temps : les mêmes comportements, les mêmes paroles se répètent d’une génération à l’autre. « C’est vraiment très bien écrit. Les personnages ont hérité, sans le savoir, de plein de choses des gens qui les ont précédés. Ils font partie de quelque chose dont ils ne sont même pas conscients. Comme nous, ils vivent leur vie. »

     

    Et selon le metteur en scène, il nous manque peut-être cette « humilité de savoir qu’on n’est pas le début et la fin de tout, que le monde va continuer après nous. Et que ce qu’on fait aujourd’hui a des conséquences. Si on avait cette conscience-là, ce serait déjà quelque chose. »

     

    Avant la chute

     

    Cette pièce commandant une grosse distribution (Véronique Côté, Normand D’Amour, David Laurin, Christian Michaud, Alice Pascual, Marco Poulin, Maxime Robin, Paule Savard, Linda Sorgini) nous transporte dans un monde à la veille de basculer. Et pour Frédéric Blanchette, le plus grand théâtre est justement celui qui décrit la fin d’un monde, ses derniers soubresauts et l’aveuglement des personnages devant cet effondrement imminent. « Tchekhov en est l’exemple suprême. Mais aussi Beckett, à peu près tout Shakespeare…. » Ce genre d’oeuvres remet le pouvoir entre les mains du spectateur, estime le metteur en scène, en lui laissant le soin d’imaginer ce qui vient après, et comment naîtra autre chose.

     

    C’est pourquoi si elle est dure (« bien qu’avec beaucoup d’humour et d’humanité »), Quand la pluie s’arrêtera n’est toutefois pas déprimante. Elle s’achève avec une situation sur laquelle il est à tout le moins possible de bâtir : une admission des torts causés.

     

    Or, dans le dossier des changements climatiques, nos sociétés développées n’auront pas d’autres choix que d’accepter leurs responsabilités, croit-il. D’autant que les pays qui y sont le plus vulnérables, les premiers qui vont écoper, ne sont pas les plus grands émetteurs de CO2, eux. « C’est notre faute. Il va falloir admettre quelques torts à un moment donné. » Et faire notre part face à l’éventuelle migration massive des populations provoquée par la hausse du niveau des océans.

     

    Frédéric Blanchette ne sait pas si l’art, si cette pièce — qui sera aussi présentée à Québec, en janvier 2018 — peut avoir un impact, changer des mentalités. « Mais en la montant, j’ai un sentiment d’utilité. J’y ai mis mes inquiétudes, mes peurs et mes espoirs pour le monde à venir. »

    Quand la pluie s’arrêtera
    Texte : Andrew Bovell. Mise en scène et traduction : Frédéric Blanchette. En coproduction avec Le Trident et LAB87. Du 6 septembre au 14 octobre, au Théâtre Jean-Duceppe.












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