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    ZoneHoma Festival

    Le théâtre dans les couloirs

    15 juillet 2017 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    Porté par les expérimentés Béatrice Picard, Suzanne Garceau, Dorothée Berryman, Mireille Metellus et Luc Morissette, le texte de Pénélope Bourque est mis en lecture dans la salle communautaire d’une résidence pour personnes âgées autonomes.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Porté par les expérimentés Béatrice Picard, Suzanne Garceau, Dorothée Berryman, Mireille Metellus et Luc Morissette, le texte de Pénélope Bourque est mis en lecture dans la salle communautaire d’une résidence pour personnes âgées autonomes.

    La vieillesse ne prend pas de vacances. Au coeur de l’été, le ZH Festival (ZoneHoma) diffuse deux projets théâtraux consacrés aux personnes âgées et aux lieux qui les accueillent : résidences et centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD). Deux démarches fort différentes, mais qui s’inspirent chacune de rencontres avec une partie de la population trop souvent délaissée.


    En visitant son grand-père, Pénélope Bourque avait été frappée par la présence d’étoiles de couleurs sur les portes des appartements. Des symboles servant à signaler au personnel de la résidence si l’occupant désirait être réanimé ou pas en cas d’arrêt cardiaque. L’impulsion de Jaunes et rouges brillent les étoiles est née de la fascination de la dramaturge devant ces décisions très intimes ainsi exhibées. « Le rapport à la fin de vie, à la mort y devenait de l’ordre de la sphère publique. » L’intimité est souvent chamboulée dans ces endroits. « À partir d’un certain âge, moins il y a d’autonomie, moins il y a d’intimité et toutes les histoires deviennent publiques. »

     

    La diplômée du programme d’écriture dramatique de l’École nationale de théâtre (cuvée 2013) a inventé une histoire d’amour pour des grands-parents qu’elle regrette de ne pas avoir connus davantage. Une romance ici narrée par un choeur de résidantes qui se projettent dans une passion « qu’elles-mêmes n’ont pas eu la chance de vivre ».

     

    Porté par les expérimentés Béatrice Picard, Suzanne Garceau, Dorothée Berryman, Mireille Metellus et Luc Morissette, « un cadeau », le texte est mis en lecture — et en musique — in situ, dans la salle communautaire d’une résidence pour personnes âgées autonomes : la Maison des aînés Hochelaga-Maisonneuve. « J’avais envie que ce soit comme si les spectateurs allaient visiter leurs parents ou grands-parents. Les résidants peuvent aussi assister à la pièce. »

    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Anne-Sophie Rouleau et Marie-Ève Fortier, conceptrices de la pièce «Le couloir des possibles»
     

    Pénélope Bourque, qui a elle-même visité des résidences afin de récolter des témoignages, des histoires dont elle a repris, assez librement, des bribes dans son texte, n’a pas eu de mal à faire parler ses sources. « J’ai senti un grand besoin de se raconter. » Elle admet ne pas avoir été détrompée, malheureusement, dans le préjugé négatif qu’elle entretenait envers ce type d’endroit « assez triste », où l’environnement neutre ne reflète pas la personnalité de ses occupants. « Et j’ai découvert énormément de solitude. »

     

    Un lieu en marge

     

    Le couloir des possibles, l’autre projet dont il est ici question, relève d’une démarche plus large qui réfléchit sur le concept de maison. Et ils ont beau être aux deux extrémités de la vie, les parallèles seraient nombreux entre la clientèle du CHSLD et le groupe étudié dans Album de finissants, les adolescents, dans le précédent opus de la compagnie Matériaux composites. « Ce sont deux points de vue en marge de la vie active, de la course folle », note la metteure en scène Anne Sophie Rouleau. Zone dépourvue même de wi-fi, le CHSLD est un espace en dehors de notre temporalité, qui impose un autre rythme. « On a juste ça, là-bas, du temps. C’est un choc qui nous fait percevoir notre propre vitesse et qui permet une réflexion super intéressante sur notre monde. »

     

    Vaste projet qui comportera d’autres créations sur différents supports et dont on pourra voir pour l’instant une étape scénique à l’Espace libre, Le couloir des possibles est né de rencontres entre différents auteurs et des résidents du centre Le Cardinal, à Pointe-aux-Trembles. Comme si chaque artiste ouvrait la porte d’une chambre et rendait ensuite compte des deux heures partagées avec cet inconnu, de manière subjective. « On n’arrive pas neutre dans ces endroits-là, ça bouscule, constate Anne Sophie Rouleau. Pour certains, ça a été très dur, pour d’autres, super drôle, parce qu’on rit beaucoup aussi dans ces lieux. Et en faisant appel à plein de personnes différentes, on arrive à un portrait beaucoup plus riche et contrasté que si on allait juste faire une enquête sur le terrain. »

     

    D’autant que le projet a pris soin d’inclure des résidents à divers stades de la maladie. Pour certains auteurs mis devant des gens ne parlant presque plus, la personne rencontrée a servi de muse et le silence est devenu une invitation à « rêver » cet étranger. Ou à plutôt écrire sur leur propre parent âgé.

     

    La sélection refléterait aussi le large éventail de situations sociales vécues dans ces centres. « Une technicienne en loisirs dresse une classification officieuse des résidents selon quatre types : ceux qui reçoivent de la visite très fréquemment, d’autres pour qui c’est uniquement lors des fêtes importantes ; ceux qui reçoivent juste une carte et les résidants qui n’ont rien du tout… » énumère la cocréatrice Marie-Eve Fortier, chargée d’enrichir visuellement le projet. La scénographe et artiste visuelle a notamment composé, à partir de ces « blind-dates » artistiques, des albums comportant un montage de photos, de dessins et d’éléments divers. Lors de la mise en lecture, un cartable sera disposé sur chaque table où les auteurs prendront place — au milieu même des spectateurs — afin de lire leur texte.

     

    Un choix collectif

     

    Pour les résidents issus de cultures étrangères, l’isolement peut être encore plus prononcé. La dramaturge Marie-Louise Bibish Mumbu, qui a demandé à participer à l’aventure, revenait justement d’aller voir sa mère en perte d’autonomie au Congo. « Là-bas, c’est toute la famille qui la prend en charge, raconte Anne Sophie Rouleau. Le CHSLD, ça peut être très choquant vu de l’extérieur. »

     

    Les créatrices désirent aborder cette institution sans jugement. « On ne veut pas nourrir les clichés. Les CHSLD sont souvent représentés de façon très négative. Or il y a là des [employés], surtout des femmes, beaucoup d’immigrantes, qui travaillent comme des malades. » Reste qu’une critique sociale émerge par la bande. « L’idée, c’est que le CHLSD existe à cause de tout le monde, de choix collectifs contre lesquels on pourrait tous réagir, affirme la metteure en scène. Il y a plein de choix qu’on est obligé de faire pour se permettre notre mode de vie. »

    Jaunes et rouges brillent les étoiles
    Texte : Pénélope Bourque. Mise en scène : Véronique Bossé. Oeuvre du collectif Ce n’était pas du vin présentée le 15 juillet à la Maison des aînés Hochelaga-Maisonneuve.
    Le couloir des possibles
    Création de : Anne Sophie Rouleau et Marie-Eve Fortier. Textes de : Steve Gagnon, Marie-Louise Bibish Mumbu, Virginie Beauregard D., Claudine Vachon, Anne-Marie Guilmaine et Jean-Christophe Réhel. Présentée le 28 juillet, à l’Espace libre.












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