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    Théâtre

    «Baby-sitter»: jeu de rôle

    21 avril 2017 | Christian Saint-Pierre - Collaborateur | Théâtre
    Les comédiens sont impeccables de nuances, toujours sur la corde raide entre la vérité et la caricature, l’authenticité et la mauvaise foi, l’autocritique et le paternalisme triomphant.
    Photo: Magali Cancel Les comédiens sont impeccables de nuances, toujours sur la corde raide entre la vérité et la caricature, l’authenticité et la mauvaise foi, l’autocritique et le paternalisme triomphant.

    Douze ans après sa sortie de l’École nationale de théâtre, après avoir écrit pour la scène aussi bien que pour la télévision et le cinéma, Catherine Léger atteint ce qu’il est convenu d’appeler un sommet avec Baby-sitter, une pièce à quatre personnages où l’auteure cristallise, en faisant preuve d’une lucidité peu commune et d’un humour des plus ravageurs, les paradoxes de son époque, à commencer par ce qui a trait aux rapports de domination entre les sexes.

     

    Tout en s’inscrivant dans le prolongement de Voiture américaine (prix Gratien-Gélinas 2006), de Princesses et de J’ai perdu mon mari !, Baby-sitter donne accès à une maîtrise nouvelle, un admirable équilibre entre le fond et la forme. La charge est certes cinglante, mais elle suscite le rire aussi bien que l’inconfort, le divertissement aussi bien que la réflexion, et tout cela sans jamais adopter un ton sentencieux ou verser dans l’acrimonie. À la manière de Catherine Chabot, Rébecca Déraspe, Annick Lefebvre, Marie-Ève Milot et Marie-Claude St-Laurent, par exemple, Catherine Léger restitue le réel dans toute sa complexité, dans sa cruauté aussi bien que dans son absurdité, interroge courageusement les comportements des hommes et des femmes de son époque. Pas de doute, le théâtre féministe québécois a le vent dans les voiles !

     

    Pendant un match des Alouettes, Cédric a crié une phrase grossière derrière une reporter en direct à la télévision. Son geste, à ses yeux sans conséquence, humoristique, voire admirable puisque célébré (la vidéo n’a-t-elle pas atteint les 200 000 visionnements en moins de 24 heures ?), est certainement emblématique d’une époque où la misogynie prend les formes les plus insidieuses qui soient. Cédric perdra son emploi chez Hydro-Québec. Sa femme, Nadine, en congé de maternité, en perdra les quelques repères qui lui restaient. Quant à Jean-Michel, journaliste vedette, il se fera un plaisir de crucifier Cédric le misogyne, son frère (!), dans ses chroniques, avant d’entreprendre d’écrire avec lui Sexist Story, un livre « nécessaire » qui leur permettra de s’excuser auprès de toutes les femmes.

     

    Les échanges entre les deux frères, incarnés par David Boutin et Steve Laplante, sont savoureux. Les comédiens sont impeccables de nuances, toujours sur la corde raide entre la vérité et la caricature, l’authenticité et la mauvaise foi, l’autocritique et le paternalisme triomphant. Quand débarque Émy, une gardienne d’enfants prête à exaucer les voeux des uns et des autres, une sorte de psychologue portée sur les jeux de rôle, la représentation prend une tournure délicieusement délirante. Entre la baby-sitter, magnifiquement incarnée par Victoria Diamond, et Nadine, la jeune mère en reconquête d’elle-même qu’Isabelle Brouillette campe avec un grand sens comique, s’établit une relation passionnante, d’abord désopilante, puis franchement émouvante.

     

    On ne peut que se réjouir de savoir que ce spectacle aussi drôle que politique, mis en scène avec une redoutable efficacité par Philippe Lambert, sera, après son séjour à La Licorne, présenté aux quatre coins de la province.

    Baby-sitter
    Texte : Catherine Léger. Mise en scène : Philippe Lambert. Une production du Théâtre Catfight. À La Licorne jusqu’au 10 mai, puis en tournée à travers le Québec pendant la saison 2017-2018.












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