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    Critique théâtre

    Les particules élémentaires

    20 mars 2017 | Simon Lambert - Collaborateur | Théâtre
    Valérie Laroche et Christian Michaud, seuls en scène, livrent la fort juste traduction de David Laurin avec tout le naturel que celle-ci permet.
    Photo: Stéphane Bourgeois Valérie Laroche et Christian Michaud, seuls en scène, livrent la fort juste traduction de David Laurin avec tout le naturel que celle-ci permet.

    Avec Constellations, le dramaturge Nick Payne quitte le terrain linéaire du récit chronologique. Et on accepte d’emblée sa proposition : l’histoire, somme toute commune, d’un homme et d’une femme, dans une forme par ailleurs éclatée qui se veut inspirée de la physique quantique.

     

    Les allusions à cette branche de la physique demeurent, cela dit, limitées. D’ailleurs, les passages où le Britannique interpelle la théorie des cordes ou quelque autre avancée théorique peuvent tomber à plat, tant le texte articule peu ces référents. Ce qui semblera souvent une marotte d’auteur, ici, servira surtout de décor.

     

    Les réels rapports avec la mécanique quantique sont à trouver du côté de la construction dramatique, qui présente plusieurs versions d’une même histoire, celle de Marianne et Philippe, morcelées d’abord, mélangées ensuite sur l’axe du temps : une juxtaposition de courtes scènes, autant de particules élémentaires. Il y a dans cette idée de quoi se dégager du seul récit pour suggérer des sens inédits, faire naître des liens inattendus.

     

    Le noyau atomique

     

    Or on peinera, dans le premier tiers, à trouver tout à fait la porte d’entrée de cet univers. Valérie Laroche et Christian Michaud, seuls en scène, livrent la fort juste traduction de David Laurin avec tout le naturel que celle-ci permet ; lui incarne un apiculteur tendre et honnête; elle, une doctorante débordante de franchise. Comme dans toute pièce, une mise en place est nécessaire — et il faut tout de même se familiariser avec la forme —, cela va de soi. Reste que les scènes se multiplient à une vitesse trop grande.

     

    Les nombreux éléments qui constituent la mosaïque de Constellations — les moments de vie partagés, de la rencontre à la mort, en passant par l’adultère — peuvent sembler livrés dans une hâte qui laisse peu de temps pour goûter le contact, aussi court soit-il, peu d’espace pour nous poser dans leur intimité. Les rires de la foule sont nourris, certes ; pourtant, on gardera le sentiment de ne pas atteindre le coeur de l’histoire comme on le voudrait, de ne pas avoir accès tout à fait à Marianne et Philippe.

     

    Peut-être cela est-il lié à la scène. Un immense cercle pâle rappelant la lune, sur fond de vide sidéral, sert d’espace de jeu. Il y a dans ce choix épuré de quoi étoffer le thème de la rencontre, une façon pour le metteur en scène Jean-Philippe Joubert de diriger notre regard vers cet espace si particulier qui s’ouvre entre deux personnes.

     

    Mais seuls en scène, avec sur les épaules la tâche d’occuper tout l’espace de leur seule présence, sans autre décor que ce cercle qu’ils parcourent, les deux comédiens sentent peut-être le besoin d’enchaîner rapidement les répliques, comme pour éviter les vides — dans lesquels pourtant il y aurait eu de quoi nous laisser approcher plus près d’eux.

     

    Au bout du compte, on finira bien par entrer plus avant dans le vécu des personnages, des scènes sur la perte trouveront de belles résonnances. On gardera, néanmoins, cette impression d’avoir fait le voyage avec un léger déphasage, de n’avoir pas pu atteindre quelque chose comme le coeur de leur relation. Comme si, par-delà les différentes variations, on avait peiné à trouver un réel noyau.

    Constellations
    Texte : Nick Payne. Traduction : David Laurin. Mise en scène : Jean-Philippe Joubert. Avec Valérie Laroche et Christian Michaud. Une production du Trident, jusqu’au 2 avril












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