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    «Barbara», l’album-mission d’Alexandre Tharaud

    13 octobre 2017 |Sylvain Cormier | Musique
    Le pianiste Alexandre Tharaud lors d’un spectacle hommage à Barbara au 41e festival Printemps de Bourges, en avril dernier
    Photo: Guillaume Souvant Agence France-Presse Le pianiste Alexandre Tharaud lors d’un spectacle hommage à Barbara au 41e festival Printemps de Bourges, en avril dernier


    Ça coïncide exactement. Les 20 ans du décès de Barbara. Les 20 ans de gestation de son projet Barbara. Littéralement, pour le pianiste classique Alexandre Tharaud, ça a commencé par la fin, le 27 novembre 1997, au cimetière de Bagneux, le jour de la mise en terre de Barbara, décédée quelques jours auparavant. Un moment déclencheur. Un moment clé dans la grande histoire d’amour qui lie à vie le grand musicien à la grande Barbara et à ses immenses chansons. Une histoire d’amour entre « un fan et son idole », comme Alexandre Tharaud le dit sans retenue, à son bout du fil transatlantique. Comme dans la chanson que Barbara chantait à la fin de chaque récital : Ma plus belle histoire d’amour.

     

    « C’est parti d’une émotion et d’une communion », résume-t-il. Dans le livret qui accompagne Barbara, le double album que consacre le pianiste, avec ses amis chanteurs et chanteuses, au répertoire de celle qu’il appelle « ce génie de la chanson française », Tharaud raconte comment, tout doucement, autour de la tombe, les gens se sont mis à chanter, d’abord Dis, quand reviendras-tu ?, et d’autres immortelles d’elle. Au Devoir, il raconte la suite : « Dans le métro, en revenant chez moi, je me suis dit que j’aurais dû venir à l’enterrement avec mon petit Walkman d’adolescent. Et enregistrer ces voix d’anonymes. J’étais en colère, j’avais raté l’essentiel. Et je me suis juré alors qu’un jour, je ferais un disque avec des gens comme ça. »

     

    Faire oeuvre utile

     

    Sa carrière dans le monde de la musique classique a progressé jusqu’à la renommée internationale, mais Tharaud n’a jamais oublié sa promesse. « Ça s’est fait lentement, progressivement. Il m’arrivait, dans un festival où je faisais sept ou huit concerts, d’avoir une carte blanche, et j’en profitais pour inviter des amis chanteurs et chanteuses. Invariablement, il y avait du Barbara au programme. » Des anonymes de l’enterrement aux complices connus, des soirées conviviales à cet album-hommage, il n’y a eu qu’un « prolongement naturel ». L’album a beau paraître pour les 20 ans du départ de Barbara, on est loin du commerce de l’anniversaire. « J’aurais très bien pu sortir ça il y a deux ans, trois ans. Mais il n’y avait tellement rien eu pour les dix ans, sauf des livres ; j’ai pensé que c’était mon devoir de le faire. Je n’imaginais pas qu’il y aurait tous ces autres hommages cette année… »

     

    Il s’agit, en cela, moins d’un album-hommage que d’un album-mission. « Il y a, pour moi, cette évidence : en tant que pianiste classique, je vends des disques dans le monde entier. Contrairement aux chanteurs de chanson française, à de rares exceptions près. Je sais qu’un peu partout, des gens vont se procurer ce disque parce que c’est le mien. Et à travers moi, à travers le travail d’interprétation de mes invités, à travers ce programme dont j’ai choisi les titres et fait les arrangements, des gens vont découvrir Barbara. C’est ce qui me fait le plus plaisir : faire oeuvre utile. »

     

    L’exigence de la retenue

     

    Difficile d’imaginer travail plus soigné, plus attentif. L’admirateur et l’exceptionnel musicien se sont nourris l’un l’autre. Autant ça va loin dans le répertoire — Cet enfant-là, Septembre, À mourir pour mourir ne sont pas a priori les incontournables de Barbara : on ne trouve ni Göttingen, ni L’aigle noir —, autant la manière est fine, délicate : « J’avais du temps en studio, j’ai enregistré des pistes sur toutes sortes de claviers en plus du piano, du Hammond au Wurlitzer, du Fender Rhodes au synthé. Mais plus j’en ajoutais, plus j’en enlevais. Avec Barbara, il faut une sorte de minimalisme. Sinon, elle s’enfuit. »

     

    La même exigence a prévalu pour les interprétations des Dominique A, Bénabar, Radio Elvis, Juliette, Vanessa Paradis, Albin de la Simone et les autres amis choisis : « Pour chanter Barbara, il faut prendre un peu à contre-pied la chanson. S’éloigner de Barbara pour mieux la retrouver. » C’est ce que fait Juliette Binoche en « disant » Vienne. Ou Hindi Zahra lorsqu’elle chante Say, When Will You Return ?, exercice d’adaptation étonnamment fluide. « On ne peut pas incarner Barbara. On peut seulement tenter de donner envie aux gens d’aller vers elle. » Un seul concert sera décanté de ce double album : Alexandre Tharaud et ses invités se produiront ce samedi à la Grande salle Pierre-Boulez de la Philharmonie de Paris. Vous avez tout juste le temps d’attraper un vol. Mais tout le temps pour monde pour ces exquises relectures… et retrouver Barbara.

    Barbara
    Alexandre Tharaud et invités, Erato/Warner Classics












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