Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    «Politesses», la transition tranquille de Félix Dyotte

    13 octobre 2017 |Philippe Papineau | Musique
    Sur «Politesse», le musicien s’est amusé à inventer des histoires, explore «des mondes plus fictifs».
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Sur «Politesse», le musicien s’est amusé à inventer des histoires, explore «des mondes plus fictifs».

    Félix Dyotte était à l’aise dans la bulle de son premier disque de chansons pop-rock aux racines françaises. Alors, pourquoi tout démolir pour le deuxième album quand on peut simplement tourner certains boutons et ajouter quelques instruments pour la modifier ?

     

    Dyotte, un ancien du groupe Chinatown et musicien un temps pour Pierre Lapointe, s’est lancé en solo en 2015, livrant sur son premier disque des morceaux de ruptures sur des airs accrocheurs aux accents rock. Son nouveau-né, Politesses, ne nous dépayse donc pas, mais offre un léger virage.

     

    « J’avais le goût de poursuivre un petit peu la ligne du premier album, pour ne pas perdre l’auditeur trop vite et pour ne pas me perdre trop vite non plus, dit Félix Dyotte. Je trouve que ça ne sert à rien de forcer les choses. »

     

    Voilà donc un disque de transition tranquille. Lentement mais sûrement. Il y a davantage de cordes et de synthé, par exemple, mais son chant délicat permet de conserver un univers intime.

     

    « Je voulais qu’on imagine un gars dans un petit appartement. Et je chantais le moins fort possible sur toutes les tounes. Je me suis aussi rendu compte que les mélodies et les airs commandaient cette façon de chanter. »

     

    « Les grands »

     

    Autant la proposition musicale de Félix Dyotte est plutôt simple, autant il peine à trouver des « complices », au Québec ou en France. Il y a Jimmy Hunt, Pierre Lapointe « jusqu’à un certain point ». « N’importe quelle manière pour moi est appréciée pour me trouver des complices ! lance-t-il, amusé. Pourtant, c’est super pop ce que je fais. J’essaie d’une chanson à l’autre, d’un album à l’autre, de purifier, de simplifier. Mais la mode au Québec n’est pas à ça, et c’est ben correct. »

     

    Dyotte évoque comme hypothèses ses références beaucoup plus françaises que québécoises. « Blâme mes parents. » Il y avait bien Félix Leclerc à la maison, mais pas vraiment d’Harmonium ou de Beau Dommage. « Ma mère a pourtant daté Robert Léger de Beau Dommage pendant six mois ! » laisse-t-il tomber.

     

    La seule musique francophone qu’il connaissait jusqu’à ses 10 ans, c’était « ce que ma mère appelle avec des étoiles dans les yeux “Les Grands” ». Jacques Brel, Georges Brassens, Barbara et Léo Ferré, donc. « Mon père a braillé quand Ferré est mort, je m’en souviens. Ma mère adule Brel et Barbara. »

     

    Lui, son affaire, c’est plus Brassens. Dans les fêtes de famille, les cousines, les oncles et les tantes chantent ce bon vieux Georges en choeur et Dyotte joue de la guitare. Il apprécie la force des mélodies, la complexité des enchaînements d’accords et la plume, évidemment.

     

    « Bon, je ne peux pas vraiment aller dans le grivois, dans ses chansons un peu de coquinerie. Mais on oublie que Brassens a des chansons tristes et des chansons superprofondes, qui me font brailler. »

     

    Du vieux et du neuf

     

    Des chansons tristes, il y en a un peu sur Politesses. Mais ce nouveau disque révèle que le coeur de Dyotte est en partie cicatrisé, voirerequinqué par ce satané amour. En plus, le musicien s’est amusé à inventer des histoires. Dyotte explore par exemple « des mondes plus fictifs » sur la chanson Station balnéaire, à coup de saynètes. « C’est un album qui a été plus créé dans la joie et l’allégresse », assure Dyotte, même si on y trouve encore quelques larmes.

     

    C’est qu’il fallait quand même terminer les vieilles chansons entamées jadis et qui ne voulaient pas s’éteindre, dit l’auteur-compositeur-interprète. « Des fois, avec une chanson, je passe le stade de me demander si ça vaut la peine de la finir. Il faut la finir. Elle est commencée, et vu que je ne l’ai pas oubliée et que je ne l’ai pas naturellement jetée aux poubelles, ça veut dire qu’elle a sa raison de vivre ! »

     

    Poser des questions

     

    D’un point de vue global, Politesses montre donc une certaine ambivalence émotive, passage de la guérison à l’amour florissant. Dyotte aime cette espèce d’entre-deux et le prolonge dans plusieurs titres, à coup de « si », de « peut-être » et de questionnements.

     

    « Je trouve ça vraiment satisfaisant de poser des questions dans des chansons, laisse tomber Dyotte après quelques instants de réflexion. Je trouve ça plus honnête que de donner des réponses. Je ne trouve pas que l’artiste est en position de guider aussi consciemment le public. »

     

    Sur Inadéquat, par exemple, Dyotte chante : « Dis-moi comment te dire / Que j’ai l’âme aux faux pas ». Ou sur Pour ce que valent tes larmes, avec Philémon Cimon : « Quand finit cette bataille ? / Tu trembles comme les bougies / Qui allument de leur seule lumière / Un long couloir infini ».

     

    Félix Dyotte poursuit sur le sujet. « La chanson, comme l’art en général, est un lieu pour déposer des questions qui n’ont pas d’autres endroits où aller. On pense des affaires, on ressent des affaires, et on n’est même pas capables de les formuler parce qu’on dirait qu’il n’y a juste pas la place pour ça dans la vie réelle. »

     

    Pour le chanteur, offrir cet espace à l’auditeur est très gratifiant. « Ce trip-là me fait souvent me dire que je veux écrire des chansons jusqu’à ce que le coeur me lâche. » D’accord, mais en se souhaitant une mort lente.

    Politesses
    Félix Dyotte, Coyote Records












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.