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    Jean-Philippe Collard à la rescousse de la musique française

    Le pianiste français est l’un des invités vedettes de la Virée classique de l’OSM

    12 août 2017 |Christophe Huss | Musique
    Le risque d’une désuétude de la musique française inquiète Jean-Philippe Collard, qui est pessimiste quant au futur de ce répertoire.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le risque d’une désuétude de la musique française inquiète Jean-Philippe Collard, qui est pessimiste quant au futur de ce répertoire.

    Le pianiste français Jean-Philippe Collard, 69 ans, est l’un des invités prestigieux de la Virée classique qui se tient ce samedi à la Place des Arts.

     

    Après avoir présenté vendredi soir son Concerto pour la main gauche de Ravel avec Kent Nagano, diffusé en direct sur Medici.tv, Jean-Philippe Collard donnera ce samedi un récital Chopin, à 20 h 45, à la Cinquième Salle et un concert de musique de chambre consacré à Fauré à 13 h au même endroit.

     

    Une disparition à petit feu

     

    Jean-Philippe Collard s’est battu pendant toute sa carrière pour le répertoire français. Pas seulement Ravel et Debussy, mais aussi Fauré, avec sa célèbre intégrale discographique des nocturnes. « Au disque, oui, car programmer les nocturnes de Fauré en concert, il ne faut pas rêver », se désole le pianiste, en entrevue au Devoir.

     

    Cette musique française, Jean-Philippe Collard l’a moins imposée qu’il l’aurait voulu lui-même, puisque Dédodat de Séverac, qu’il place en tête de liste des compositeurs sous-estimés, il ne l’a jamais vraiment joué.

    Je suis effrayé de voir que cette musique célébrée dans le monde entier, ce joyau pour un pays comme la France, est laissée de côté dans les concours internationaux
    Le pianiste Jean-Philippe Collard

    Par contre, Jean-Philippe Collard est très pessimiste quant au futur de ce répertoire : « Je suis effrayé de voir que cette musique célébrée dans le monde entier, ce joyau pour un pays comme la France, est laissée de côté dans les concours internationaux et n’est plus mise en valeur. »

     

    Le pianiste, qui avait consenti à faire partie du jury au concours Van Cliburn avant de se récuser (« Je ne peux me résoudre à entendre du piano à la chaîne », nous confie-t-il), dresse un constat inquiet et inquiétant : « On assiste à une mondialisation du jeu pianistique. Il y a par ailleurs une manière de rentrer dans la carrière. Je schématise un peu : il faut jouer vite et fort. Le répertoire français est donc absent de tout cela puisque, précisément, ce n’est pas “le genre de la maison”. Le piano français, c’est une question de sonorité, de toucher, d’articulation, d’atmosphère, de brumes, de couleurs, de nuages. Tout cela a disparu de l’esprit des étudiants et des professeurs, qui ont besoin de résultats pour faire bouillir la marmite. »

     

    La situation n’est pas nouvelle. Jean-Philippe Collard se remémore ainsi la période où Charles Dutoit dirigeait l’Orchestre national de France (1991-2001). La curiosité du chef envers des oeuvres françaises moins connues n’était pas vraiment partagée par les musiciens et l’administration. « Charles Dutoit m’avait raconté la difficulté d’imposer des oeuvres françaises moins réputées pour les amener en tournée à l’étranger et les faire connaître », raconte Collard. Et le pianiste de conclure : « On était déjà dans une logique étrange, comme si cette musique était “à côté” .»

     

    Renouveau et reconnaissance

     

    Le risque d’une désuétude de la musique française inquiète Jean-Philippe Collard au point de l’amener à créer une Académie pour l’enseignement de la musique française pour piano. Parmi la quinzaine de professeurs, on trouve Jean-Philippe Collard, bien sûr, Michel Béroff, Jacques Rouvier, Jean-Efflam Bavouzet, Bertrand Chamayou, Anne Quéfellec, Claire Marie Le Guay, tous inquiets de voir cette musique disparaître des répertoires et des concours internationaux, « à l’exception peut-être de Fauré, qui connaît une recrudescence d’intérêt de la part de certains confrères », reconnaît Jean-Philippe Collard, sans nommer Éric Le Sage.

     

    L’Académie, qui en est à sa première année de fonctionnement, recrute sur dossiers pour garantir le niveau et opère au moment des vacances scolaires en profitant des infrastructures de l’École normale à Paris. Chose importante : « Les étudiants ne peuvent pas se concentrer juste sur Debussy ou Ravel. La première année, un accent a été mis sur la musique pour piano d’Albert Roussel. » « L’Académie est encore embryonnaire, mais le fait que 15 ou 16 des plus grands pianistes français vivants aient dit oui tout de suite en dit long sur leurs préoccupations et interrogations. Quelque chose ne fonctionne pas normalement. »

     

    Celui qui voudrait savoir si Jean-Philippe Collard apprécie particulièrement un de ses disques ferait chou blanc : « Je ne réécoute jamais mes enregistrements, sauf par accident à la radio. » Mais il n’est toutefois pas indifférent au sort de ses enregistrements : « Il m’est venu à l’idée l’autre jour qu’une revue musicale que je ne nommerai pas, mais qui distribue des machins d’or, ne m’a jamais attribué le moindre laurier, alors qu’on entend dire ici ou là que j’ai pu laisser une trace dans tel ou tel répertoire. Je ne voudrais pas que cela passe pour de l’amertume. Je constate simplement qu’ils en ont plein la bouche, du baroque, mais que le piano de la fin du XIXe passe un peu à côté du radar. »

     

    Se souvient-il de l’enregistrement de son intégrale des concertos de Rachmaninov ? Elle nous plaît beaucoup et n’a pourtant jamais retenu l’attention. « Avec Michel Plasson, on a fait cela bras dessus bras dessous, avec l’enthousiasme de la jeunesse, dans une salle magique. C’était le temps où je galopais dans ce répertoire avec une certaine aisance. On enregistrait avec le sourire, on ne se posait pas trop de questions et on chantait comme ce n’était pas permis. »

     

    Finalement, en musique, il y a peut-être, aussi, une forme d’insouciance et de franche camaraderie qui se perd…













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