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    Gorillaz au FEQ: danser jusqu’à la fin du monde

    16 juillet 2017 07h25 |Philippe Renaud | Musique
    Pendant «Strobelite», le chanteur Peven Everett a quitté momentanément le choeur gospel pour capter l’attention du public.
    Photo: Francis Vachon Le Devoir Pendant «Strobelite», le chanteur Peven Everett a quitté momentanément le choeur gospel pour capter l’attention du public.

    Il arrive parfois qu’un concert se termine et que sur le chemin du retour, en se pinçant d’avoir passé une si belle soirée, nous trotte en tête une question triviale du genre : mais quelle idée avait Damon Albarn, cerveau musical de Gorillaz, de garder sa veste noire durant toute la soirée ? À la fin, le Britannique était en lavette. Liquéfié d’avoir traversé la scène de long en large, chanté penché au-dessus de la foule — ou carrément dans la foule —, de s’être donné autant pour le public des Plaines, en ce samedi soir de juillet chaud et humide. La veste était de trop. Garanti, elle ne sera jamais sèche à temps pour le prochain spectacle lundi, à Columbia.

     

    Le tempo n’a pas mis de temps à s’installer, à 21 h 30, avec le groove rock M1 A1 déniché à la fin du premier album du projet Gorillaz (éponyme, 2001), avec Damon Albarn répétant « Hello ? Anyone there ? » pendant le coda. Sur scène, le rutilant orchestre rugissait : entre autres, deux batteurs, deux claviéristes, un superbe choeur gospel de six voix qui allaient laisser leurs puissantes empreintes sur chacune des chansons, qu’elles dévient vers le rap, le funk, la pop électronique ou le house.

     

    Ou vers le dub jamaïcain, qui percolait dans Ascension suivante, avec la voix pré-enregistrée du rappeur Vince Staples dont l’image était projettée sur écran géant, puis dans les envoûtantes Last Living Souls et Saturnz Barz, cette dernière avec la voix et l’image virtuelles du deejay jamaïcain Popcaan. Albarn, tantôt avec sa guitare électrique, tantôt avec son keytar ou son mélodica, était sorti en trombe de son box de départ et cavalait avec enthousiasme sur cette scène bien garnie.

     

    Certes, l’orchestre n’était pas aussi spectaculaire que lors du premier concert de Gorillaz à Montréal, en 2010. Soyons clair, les musiciens recrutés pour la tournée Humanz sont tous de haut calibre — mention spéciale à Seye Adelekan à la basse, fondation sur laquelle s’est érigé l’infectieux groove de Gorillaz. Seulement, il y a sept ans, Albarn était accompagné de la moitié du groupe The Clash (Mick Jones et Paul Simonon !), du groupe rap De La Soul, et du chanteur Bobby Womack. Ces nombreuses forces en puissance avaient modelé la performance, alors que chacun avait droit à son moment de gloire.

     

    Or, pendant la première moitié du concert, il n’y en avait que pour Albarn, tête chercheuse musicale constamment empêtrée dans de multiples projets en même temps, mais également performeur dévoué qui avait permis à son ancien groupe Blur de devenir une redoutable machine de scène. À l’évidence, le retour sur disque de Gorillaz, après six ans de silence, est aussi l’occasion pour Damon Albarn de prendre son pied à jouer devant ses fans le répertoire de Gorillaz, avec la passion qu’on lui connaît.

     

    Après les grooves dub, donc, détour par le hip-hop avec Tomorrow Comes Today, Albarn qui rappe dans un mégaphone, épatante version menant à la trompeuse introduction de RhinestoneEyes, berceuse qui part en vrille breakbeat house. Revoilà nos hanches recommençant à onduler avec le rythme ; funk et house s’entremêlent sur les chansons suivantes, traces de rythmes africains apparaissant sous les ponctions de boîtes à rythmes, jusqu’à ce que Damon Albarn s’empare de sa guitare acoustique. Joie !, voilà la superbe On Melancholy Hill, tirée du brillant album Plastic Beach (2010), et le public des Plaines au complet fredonne le texte.

    Photo: Francis Vachon Le Devoir La chanteuse Kelela

    Durant la seconde moitié du concert, Damon Albarn s’est un peu effacé derrière ses invités, à commencer par Kelela et sa superbe voix r & b qui avait bercé les Plaines plus tôt en soirée. Sa ballade Busted and Blue nous a donné un tendre moment de répit avant qu’elle ne remette de l’essence dans le réservoir avec l’explosive Submission, accompagnée par le délirant MC Danny Brown. Lui aussi assurait en solo la première partie, ce fut musclé côté rythmiques, techno et gavé de basses fréquences, mais aussi un brin linéaire. Il a fallu qu’il pique une colère à l’amorphe section VIP pour que son tour de chant marque les esprits.

     

    Ensuite, pendant Strobelite, le chanteur Peven Everett a quitté momentanément le choeur gospel pour capter l’attention du public. Dépositaire de la mémoire de feu Bobby Womack, il a chanté le coeur sur la main, et avec davantage d’émotion au rappel pour l’impeccable Stylo, alors que l’image de Womack, son interprète original, était illuminée sur un petit écran au plafond.

     

    L’invité que nous n’attendions pas, Jamie Principle, a sûrement gagné des adeptes. Vétéran de la scène house de Chicago, plutôt connu comme producteur, il s’est révélé être un animal sur scène, étrange et captivant chanteur-rappeur pendant la mémorable Sex Murder Party et son rythme house canardé. Les Plaines s’étaient alors transformées en un proverbial plancher de danse, et ça n’a pas dérougi avec DARE et We Got the Power avant la tombée du rideau.

    Photo: Francis Vachon Le Devoir Danny Brown

    Si l’album Humanz manquait de discernement sur le plan de la structure – trop long, trop d’invités -, les chansons tirées de ce nouvel album prenaient du coffre sur scène, emboîtées dans les nombreux succès du groupe, parmi lesquelles Kids With Guns et Clint Eastwood, offertes au rappel. Elles prenaient aussi plus de sens : tout au long de sa discographie, Gorillaz maquille des textes apocalyptiques avec des rythmes pop électroniques imparables, c’était encore plus patent sur ce récent album.

     

    La planète ne tourne pas rond, profitons-en pour nous éclater pendant qu’on le peut encore. Toute la soirée, ça a viré funk, rap, pop et house, mais le choeur gospel omniprésent agissait comme la conscience du monde ; c’est elle qui nous a salué au rappel, pendant l’émouvant enchaînement de Don’t Get Lost in Heaven et Demon Days. Avec un Albarn en lavette, épuisé, béat, et des dizaines de milliers de fans reconnaissants.













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