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    Critique spectacle

    Metallica au FEQ: une affaire de famille

    15 juillet 2017 | Philippe Renaud - Collaborateur | Musique
    Une vingtaine de minutes après le début du concert, James Hetfield a demandé: «Est-ce que la famille Metallica est ici?»
    Photo: Francis Vachon Le Devoir Une vingtaine de minutes après le début du concert, James Hetfield a demandé: «Est-ce que la famille Metallica est ici?»

    Vendredi soir, Metallica a donné un concert sur les plaines d’Abraham, à l’affiche de la 50e édition du Festival d’été de Québec. Comment c’était ? Un triomphe, vous pensez bien. Que diable, c’était Metallica à Québec ! Une performance agressive, puissante, la soirée de rêve pour les fans — même s’il y a eu trop de chansons du nouvel album à notre goût. Et pourtant, Hardwired… to Self Destruct, paru l’an dernier, est le meilleur du groupe en vingt ans, un retour aux sources thrash de Kill ‘Em All et Ride the Lightening, et la foule les a accueillies avec le même enthousiasme que les classiques. Alors, une question demeure : pourquoi Québec, pourquoi Metallica ? D’où vient cette vive affection d’une ville pour ce groupe, et d’un groupe pour cette ville ?

     

    La veille vers 23 h, The Who n’avait même pas terminé son concert que les premiers fans de Metallica faisaient déjà la file devant les portes des plaines d’Abraham. Ils seront les premiers à entrer sur le site, dès l’ouverture à 18 h le lendemain : Samuel Desrosiers et ses quatre amis (plus un type tout seul, blotti là dans sa chaise pliante), arrivés depuis déjà 19 h.

     

    « Tout ce qu’on vivra, aujourd’hui et demain, on ne revivra jamais ça, dit-il. On voulait être sûrs d’être les premiers. On a pensé apporter la tente, on a laissé faire. Mais on a des nouilles Ramen et de la bière ! », leur trousse de survie pour la nuit. Ils ont autour de 18 ans, n’habitent « pas très loin, à Beauport », et assisteront à leur quatrième concert de Metallica. « La dernière fois, c’était au spectacle de fermeture du Colisée Pepsi », le 14 septembre 2015.

     

    Son ami Vincent se joint à la discussion : « C’est eux qui ont demandé à inaugurer le Centre Vidéotron », deux jours après les adieux au Colisée. « Trouve-moi un autre groupe qui demande à donner un spectacle dans une ville ! Depuis ses débuts, Metallica est proche de Québec. L’amour est là. » Et à l’évidence, il se propage, car la dernière fois que Metallica a sorti un vrai bon disque, Samuel et Vincent n’étaient pas nés. « Nos parents sont des fans de Metallica, dit Vincent. Moi, j’écoute l’album Kill ‘Em All depuis que j’ai deux ans ! »

     

    À la une

    Photo: Francis Vachon Le Devoir Le chanteur James Hetfield et le guitariste Kirk Hammett
     

    Sous le soleil de midi vendredi, ils étaient près de cinq cents amateurs à attendre l’ouverture des portes ; à 16 h, la file pour entrer avait enflé sur Grande Allée, jusqu’au bar Le Dagobert. Les stations télé avaient dépêché caméras et journalistes aux portes des Plaines depuis la matinée, puis l’hélico pour filmer l’ouverture des portes vers 17 h 30. Cette « marée humaine » fera la nouvelle toute la journée, puisque les musiciens de Metallica n’ont rejoint la Capitale qu’en début de soirée, pour repartir sitôt que l’écho des dernières notes de Enter Sandman, jouée au rappel avec Nothing Else Matters et la puissante Fight Fire With Fire (de Ride the Lightning, pour faire plaisir à Vincent !), a heurté les tympans en haut de la butte, au fond des Plaines. Le concert a commencé à 21 h 30, mais le spectacle de Metallica à Québec, lui, avait débuté la veille, avec Samuel, Vincent et les autres.

     

    Québec adule Metallica, qui a fait de la ville un « marché prioritaire », assure Louis Bellavance, directeur de la programmation du FEQ. « C’est le groupe no 1 dans notre marché, celui qui a la plus grande capacité de générer de l’excitation et des ventes à la billetterie. » Comment expliquer le phénomène, cet amour du métal qui permet qu’en plein FEQ Iron Maiden fasse salle comble au Centre Vidéotron, mais que Katy Perry et Arcade Fire, attendus cet automne, peinent à emplir l’aréna flambant neuf ? « Le mystère de Québec, il ne s’exprime pas que dans l’urne, mais aussi dans ses choix musicaux, résume Arnaud Cordier, programmateur au festival. Musicalement, c’est un marché très imprévisible. »

     

    Depuis sa première visite à Québec, en janvier 1985, Metallica s’y est produit à quinze reprises, « mais lorsqu’il a joué au FEQ en 2011, aucun autre artiste de cette envergure n’avait alors accepté de jouer sur les Plaines », relève Louis Bellavance. Officieusement, le groupe avait alors attiré 110 000 spectateurs, la plus grosse foule de l’histoire du Festival. « Le show de 2011 a imprégné quelque chose dans la population », croit Bellavance.

     

    90 000 volts

    Photo: Francis Vachon Le Devoir Denis Bélanger, de Voivod
     

    Une vingtaine de minutes après le début du concert, vers 21 h 30, James Hetfield a demandé : « Est-ce que la famille Metallica est ici ? », juste avant d’enfoncer un premier gros clou du répertoire métallicien, For Whom the Bell Tolls. Ah oui, ils y étaient pas mal tous : 90 000 d’entre eux (nombre officieux), le sourire large et les oreilles déjà bien abîmés par l’excellente performance de Voivoid — bénis soient ces Saguenéens, emblème du génie métallique d’ici, toujours aussi corrosifs, brutaux et spectaculaires 35 ans après leurs débuts ! À Michel « Away » Langevin le trophée du meilleur batteur de la soirée !

     

    Passés les deux tiers de cette performance sans faux plis, le groupe californien a ressorti la démentielle Whiplash de son premier album (Kill ‘Em All, 1983), « mais ensuite, on va jouer des chansons vraiment heavy », pointe Hetfield. Amènes-en ! Trois accords de guitare sont tombés sur les Plaines, et la foule de hurler, bras en l’air, reconnaissant Sad But True. Le couvercle sur la marmite a sauté pour de bon avec l’épique One (et ses lasers), Master of Puppets, Fade to Black, puis Seek and Destroy.

     

    L’extase. La bataille des émotions sur les Plaines. Quand le groupe change de vitesse au beau milieu de One, quand le refrain de Master of Puppets commande les hochements de la tête, ce sont 90 000 volts traversant la foule, tzit !, instantanément.

     

    Pour les amateurs de musique rock forte, Metallica est un bon groupe à voir en concert. Il est encore meilleur ici, à Québec.













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