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    Vingt ans plus tard

    La pleureuse de Lhasa ne cesse d’émouvoir

    Une nouvelle vie pour «La Llorona» de Lhasa de Sela

    20 avril 2017 |Philippe Papineau | Musique
    Lhasa de Sela captée par notre photographe en novembre 2006
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Lhasa de Sela captée par notre photographe en novembre 2006

    En 1997, avec son premier album La Llorona, Lhasa de Sela donnait un électrochoc musical au Québec avec son chant déchirant posé sur les ambiances chaudes mais percussives d’Yves Desrosiers. Vingt ans plus tard, l’étiquette Audiogram profite du Record Store Day pour relancer le chef-d’oeuvre en format vinyle. Retour.


    Les premières secondes du disque La Llorona, de Lhasa de Sela, suffisent pour faire remonter les souvenirs, et l’émotion qui vient avec eux. Il y a d’abord le bruit des gouttes qui tombent, le violon lancinant et déchirant, puis un motif de guitare arpégée et les percussions. Le coup de grâce vient après quelques secondes : la voix, légère mais lourde d’émotion, qui souffle : « Llorando / De cara a la pared / Se araga la ciudad [Je pleure / La face contre le mur / la ville s'éteint] ».

     

    Au bout du fil, les sentiments d’Yves Desrosiers, musicien et compositeur de la plupart des titres de La Llorona, sont mélangés entre les douces mémoires d’il y a 20 ans et le triste décès de la chanteuse en 2010, des suites d’un cancer du sein. « Elle fait quand même partie de mon histoire, et c’est une grosse histoire dans le fond. »

     

    L’album La Llorona, ou « La pleureuse », est le fruit de deux trajectoires distinctes qui se sont retrouvées quelque part au milieu. Celle de Lhasa, alors une jeune chanteuse méconnue qui rêvait de faire carrière, et celle de Desrosiers, qui avait déjà plus de dix ans de métier — entre autres dans La sale affaire avec Jean Leloup — et qui cherchait une façon de se réinventer.

     

    « Ce sont deux urgences qui se sont rejointes, au bon moment, dit Desrosiers. Puis les affinités musicales, les influences nous ont donné cet album-là. » Album gigantesque, encore pertinent, touchant, pavé de références à la tradition mexicaine, mais baigné par un univers sonore percussif influencé par le travail de Tom Waits. Le tout chanté en espagnol.

    Écoutez la chanson De cara a la pared​ de Lhasa de Sela

     

    Carton d’allumettes

     

    Après une première rencontre rapide en 1991 grâce à une amie commune, Yves Desrosiers et Lhasa de Sela se recroisent l’année suivante, toujours grâce à cette entremetteuse. « C’est le début de l’histoire, finalement », lance Desrosiers. Lhasa, alors à peine âgée de 18 ans, se demande si elle restera à Montréal, mais parle de son envie de chanter. « Mon amie me dit qu’elle chantait pour le fun, un peu de vieux jazz comme celui de Billie Holiday. Et puis, je lui ai donné mon numéro sur un carton d’allumettes. Ç’a pris une couple de mois avant qu’on puisse se [donner rendez-vous] et que j’aille l’écouter chanter. J’ai amené ma guitare chez elle, dans sa cuisine. C’était en haut dans un appartement du boulevard Saint-Joseph. »

     

    Au début, Yves Desrosiers reste sur sa faim. La jeune Lhasa, encore verte, ne l’impressionne pas sur le plan technique quand elle interprète ses standards américains. Mais un je-ne-sais-quoi de différent dans sa voix lui ordonne de rester patient. Au fil des semaines, le duo troque ses reprises américaines pour du jazz brésilien. « Des trucs comme Corcovado, dit le guitariste. Et là, il y a quelque chose qui est sorti, vraiment ! Au cours de l’après-midi, il y a une dame qui restait dans le même immeuble, qui prenait un petit drink en bas, sur la terrasse ou je ne sais pas trop quoi, qui est montée avec un verre de vin et une fleur, qu’elle lui a donnés. Quand cette dame est arrivée, ç’a confirmé ce sentiment que j’avais, mais que je n’arrivais pas à définir. »

     

    La proposition musicale bougera encore avec les mois, au fur et à mesure que la native de l’État de New York ouvrira son jeu. Arriveront dans le décor les rancheras mexicaines, que son père écoutait et qui deviendront les racines de La Llorona. De son côté, Yves Desrosiers travaillait sur son projet personnel, explorait le jeu des percussions comme le faisait Tom Waits. Il a finalement décidé de mélanger son projet à celui de Lhasa.

     

    « J’ai trouvé que c’était un hybride incroyablement joli. Il y avait les sonorités qu’on avait l’habitude d’entendre dans la musique latino-américaine, la guitare nylon, la contrebasse, un peu d’accordéon, mais tout ça mélangé avec le côté graveleux des laps steel, des percussions métalliques, des grosses caisses. »

     

    L’équilibre

     

    L’album comme tel est né d’une rencontre dans le hall d’entrée du défunt Spectrum, près « du petit bar où tout le monde se tenait », rigole Desrosiers. Il y rencontre le directeur artistique d’Audiogram, Denis Wolffe, qui veut bien lui donner un coup de main. Une rencontre et une maquette plus tard, Lhasa de Sela et Yves Desrosiers ont un contrat de disque.

     

    Le duo est rejoint en studio par le bassiste Mario Légaré, le percussionniste François Lalonde, l’accordéoniste Didier Dumoutier, et même une jeune violoniste, Mara Tremblay.

     

    S’affrontent le côté très réfléchi et émotif de Lhasa et l’approche concrète et plus terre à terre de Desrosiers. « Ça prenait un équilibre. C’est un disque de couleur, d’atmosphères et de couleurs, et tu mets l’âme de Lhasa par-dessus et ça fait quelque chose de très bien, de très gros. »

     

    La Llorona est rapidement devenu un succès. Le premier mois, 10 000 disques sont vendus. À ce jour, selon Desrosiers, l’album aurait trouvé près de 600 000 preneurs dans le monde. L’album a été récompensé par le prix du meilleur disque de musique du monde à l’ADISQ en 1997, en plus d’être primé aux prix Juno l’année suivante. Et si le Québec a craqué pour Lhasa, l’Europe, en particulier la France, avait aussi donné beaucoup d’amour à la chanteuse passionnée.

     

    Audiogram lancera samedi une édition limitée en format vinyle de ce disque, accompagnée d’illustrations inédites et de trois peintures originales de Lhasa. « C’était quelqu’un qui avait cette espèce d’âme qui projetait, lance Yves Desrosiers. Elle faisait juste ouvrir la bouche et les gens étaient accrochés à ses lèvres. »

    Le Record Store Day L’événement annuel des disquaires indépendants, le Record Store Day, célébrera samedi sa dixième édition partout sur la planète avec des spectacles en boutique et des pressages limités de disques vinyles. Le Québec est aussi de la fête, bien entendu. À Montréal, une douzaine de magasins, comme Aux 33 tours, L’Oblique et le 180g, participent à l’événement, mais les mélomanes de Laval, de Granby, de Québec, de Rimouski, de Saint-Hyacinthe et de Sherbrooke y trouveront aussi leur compte. Avis aux intéressés : arrivez tôt pour mettre la main sur les nouveautés. Détails au www.recordstoreday.com.












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