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    Musique classique

    La patience tempérée d’Andrei Feher

    16 avril 2016 |Christophe Huss | Musique
    Andrei Feher était la découverte 2015 des prix Opus.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Andrei Feher était la découverte 2015 des prix Opus.

    Il y a deux ans, une discrète nouvelle avait favorablement surpris notre milieu musical : Andrei Feher, chef d’orchestre formé par Raffi Armenian au Conservatoire de musique de Montréal, avait été choisi par Paavo Järvi pour l’assister auprès de l’Orchestre de Paris. Feher dirigeait l’Orchestre métropolitain cette semaine. Il reviendra.

     

    Après un mandat de deux ans auprès de l’Orchestre symphonique de Québec, Andrei Feher, découverte 2015 des prix Opus, a emmagasiné depuis 2014 à Paris des émotions et des expériences plus que tout autre jeune chef d’ici. Il a vécu le passage de l’Orchestre de Paris de la salle Pleyel à la Philharmonie de Paris, et a donc oeuvré au moment de l’ouverture de cette nouvelle salle.

     

    Nos institutions ne se trompent pas sur son potentiel. Feher doit bien être le seul chef, à part Jean-François Rivest, à diriger le Métropolitain et l’OSM la même année : après le Métropolitain cette semaine, il sera à la tête de l’OSM pour un Jeux d’enfants le 2 octobre. À 25 ans, c’est une forme de prouesse.

     

    À l’automne, Andrei Feher sera aussi invité par l’Orchestre de chambre de Lausanne et l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo. L’Orchestre de Paris lui a donné un concert pour les familles lors de sa saison 2016-2017. Il n’y rempile cependant pas comme assistant, car le nouveau directeur musical, Daniel Harding, y amène son propre candidat.

     

    Plein les yeux

     

    Andrei Feher ne peut s’astreindre à quitter Paris, une des plaques tournantes européennes de la musique. Pour l’instant, la capitale française lui a porté chance puisqu’il y a glané un agent important, l’agence japonaise Kajimoto, qui croit en lui. Il s’y installe donc.

     

    Le mandat à l’Orchestre de Paris, qui compte deux assistants, lui a paru court : « J’ai eu la chance de voir et de rencontrer les grandes chefs du monde, qu’auparavant je regardais sur Internet. Les voir travailler et répéter a été très payant pour moi. Par ailleurs, Paris voit tous les orchestres européens en tournée. J’ai ainsi pu observer d’autres façons de jouer et d’autres esthétiques », analyse le jeune musicien en entrevue au Devoir.

     

    À une époque où les singularités des orchestres se fondent dans une sorte d’esthétique internationalisée, les deux orchestres qui lui semblent avoir conservé un cachet très particulier sont l’Orchestre du Festival de Budapest d’Ivan Fischer et celui du Gewandhaus de Leipzig, sous la direction de Riccardo Chailly. En troisième, il cite l’Orchestre de la radio bavaroise, mais avoue ne pas avoir encore entendu le Philharmonique de Berlin.

     

    Parmi les chefs qu’il a côtoyés, Feher retient les leçons de sa rencontre avec Thomas Hengelbrock, « un chef qui s’intéresse beaucoup à la manière dont l’orchestre sonne dans la salle et qui a été le seul à mettre les contrebasses en ligne comme Yannick [Nézet-Séguin] le fait à la Maison symphonique de Montréal, ce qui fonctionne très bien. Hengelbrock a aussi une approche très intellectuelle, avec une connaissance historique et stylistique impressionnante. Dans le Magnificat
    de Bach, moi qui ne fais qu’observer, je me suis mis à prendre énormément de notes. »

     

    Thomas Hengelbrock, qui vient du sérail baroque, a été nommé à la succession de Günter Wand à Hambourg en 2011. Il sera désormais associé à Daniel Harding à Paris. Tous ses disques, enregistrés pour Sony, sont captivants. Comme bien d’autres de sa trempe, on attend de le voir un jour à Montréal…

     

    La carrière

     

    Avant de répondre à l’agence Kajimoto, qui s’est rapidement intéressée à lui, Andrei Feher a demandé conseil : « J’ai parlé à plusieurs personnes, Yannick Nézet-Séguin et Fabien Gabel par exemple, pour savoir un peu dans quoi je m’embarquais. Je n’ai donc pas accepté tout de suite, mais j’ai finalement dit oui, car je me sentais prêt. »

     

    Mais Feher garde la tête froide : « Il faut faire attention dans quels projets on s’embarque, ne pas brûler les étapes, savoir quel répertoire diriger à quel endroit. Cela demande un contact étroit avec l’agent. Des jeunes qui explosent vite, il y en a beaucoup. Mais beaucoup, aussi, ne sont pas prêts à faire face à ce qui les attend vraiment. Travailler avec des musiciens, cela peut être compliqué et il faut connaître très bien le répertoire et le métier pour gérer le mieux possible cette vie ! »

     

    Sur le thème « il y a tellement de choses à apprendre », Andrei Feher tend plutôt à prendre son temps. « Ce que j’ai appris au conservatoire avec Raffi Armenian, c’est d’analyser en détail les grandes oeuvres. Il faut savoir comment les choses sont construites. Nous travaillions aussi en dirigeant dans le vide, sans musique. Cela permet d’entendre dans l’oreille le son qu’on veut obtenir et de travailler la gestuelle. Je ne parle pas là de chorégraphie, mais de développer et de connaître le corps avec lequel on doit travailler. Au début, ce n’est pas évident ; on n’est pas conscient de ce dont on a l’air. »

     

    Le métier rentre, petit à petit : « J’ai appris beaucoup de répertoire à Québec et à Paris : cela commence à faire une base plus solide qu’avant. »

     

    Pour l’heure, son agence japonaise ne lui ouvre pas encore l’Asie. « Soyez patient, cela va arriver bientôt », lui a dit M. Kajimoto en personne. Le grand gourou de la musique au pays du Soleil levant est bien tombé : Andrei Feher semble vouloir prendre son temps. Pour durer.

    Le Carnaval des animaux – Airs de jeunesse
    L’Orchestre métropolitain avec Andrei Feher. Au théâtre Outremont, jeudi 14 avril à 19 h, matinées à 9 h et 10 h 30.












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