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    Chronique

    Le monde chez nous

    Louis Cornellier
    13 janvier 2018 |Louis Cornellier | Livres | Chroniques

    De quelle personnalité les médias québécois ont-ils le plus souvent parlé en 2017 ? De Justin Trudeau ? De Philippe Couillard ? De Carey Price ? Non. Leur principale vedette fut Donald Trump, apprend-on dans le bilan annuel de l’actualité de la firme Influence Communication.

     

    On peut s’en désoler et se dire que cela explique peut-être un peu notre petite déprime collective. Parler aussi souvent d’un tel énergumène finit par affecter le moral, en effet. On peut toutefois voir les choses autrement et se réjouir de cette situation, en concluant qu’il y a du bon dans le fait que nos médias dépassent les enjeux locaux et nationaux. « Nos médias », déploraient les professeurs de science politique de l’Université de Montréal en 2009 dans La politique internationale en questions (PUM), « prêtent bien peu d’attention aux questions internationales. » Les choses se seraient-elles améliorées depuis ?

     

    Pas vraiment, malheureusement. Dans son bilan annuel de l’année écoulée, Influence Communication note que l’information internationale (6,17 %) occupe moins de place, dans nos médias, que le sport (17,23 %), les faits divers et affaires judiciaires (11,93 %), la politique fédérale (10,63 %), la politique provinciale (9,59 %), les nouvelles locales (8,62 %) et la cuisine (7,03 %). En 2017, de plus, 85 % des nouvelles internationales présentées ici portaient sur Trump ou le mentionnaient, ce qui laisse un espace de moins de 1 % pour tout le reste du monde. C’est fou.

     

    Déplorable isolationnisme

     

    Cela tend à confirmer ce qu’écrivait Pierre Bourgault en 1978. « L’ignorance de la nouvelle internationale, constatait-il à regret, est devenue une habitude si bien ancrée au Québec qu’on ne peut plus raisonnablement ignorer un phénomène aussi réactionnaire. » Bourgault a passé sa vie à répéter que le grand projet qu’il défendait — l’indépendance du Québec —, souvent accusé de prôner le repli, visait au contraire à nous permettre d’entrer directement en contact avec le monde pour y participer plus pleinement. Il ne pouvait donc que s’attrister du peu d’intérêt de ses compatriotes pour l’information internationale.

     

    Il y a certes un lien à faire entre le refus de l’indépendance par les Québécois et ce relatif désintérêt pour les choses du vaste monde. Dans Le roman sans aventure (Boréal, 2015), Isabelle Daunais avançait l’idée, forte, que le roman québécois se caractérisait par une sorte de refus de la grande aventure pour se complaire dans « un monde à l’abri du monde ».

     

    Cet isolationnisme tranquille ne s’exprime pas que dans les livres. Bien des Québécois se vantent d’aimer les voyages pour les découvertes qu’ils permettent, mais force est de constater qu’il y a ici plus de touristes que de véritables citoyens du monde, comme l’illustre la faible présence de l’information internationale dans nos médias.

     

    Les lecteurs québécois qui refusent cette tendance isolationniste et qui tiennent, malgré tout, à s’informer sur le monde ne sont pas démunis pour autant. Au Devoir, les analyses hebdomadaires de François Brousseau offrent un brillant éclairage sur ce qui s’agite aux quatre coins de la planète. Elles sont ma référence principale en la matière. Les chroniques françaises de Christian Rioux, les chroniques américaines de Julien Tourreille, d’Élisabeth Vallet et de John R. MacArthur ainsi que les éditoriaux lumineux de Guy Taillefer s’avèrent aussi indispensables.

     

    Au Journal de Montréal, Loïc Tassé vulgarise bien les grands enjeux internationaux et Pierre Martin rend lisibles les dédales de la politique américaine. À La Presse, Agnès Gruda et Alexandre Sirois expliquent avec constance les soubresauts du monde.

     

    Les États d’Hétu

     

    Correspondant de La Presse à New York depuis un quart de siècle, Richard Hétu mérite un coup de chapeau. Fin observateur de la société américaine, ce journaliste se distingue par un style limpide et chaleureux. Marié à une Afro-Américaine et devenu citoyen du pays en 2009, Hétu offre le point de vue original d’un Québécois étasunien sur notre encombrant voisin.

     

    Dans Mes 25 ans aux USA (La Presse, 2017, 208 pages), le journaliste trace un portrait à la fois amoureux et critique de son pays d’adoption. Horrifié par la bêtise et par le racisme de Trump, sévère à l’endroit d’Hillary Clinton, il expose les tares de la société américaine — la passion des armes à feu, les forts relents ségrégationnistes —, tout en témoignant de son attachement pour elle. Son rapport ambigu aux États-Unis n’est pas sans lien avec sa situation personnelle. Hétu, en effet, a à peine connu son père biologique, un Haïtien devenu américain. Aussi, pour lui, connaître les États-Unis, c’est un peu se rapprocher de son père et se connaître lui-même.

     

    Et si, pour nous tous, nous informer sur le monde voulait dire élargir notre regard pour devenir plus humains et pour mieux nous comprendre ?













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