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    Découvrir les villes canadiennes en compagnie d’écrivains

    11 janvier 2018 |Caroline Montpetit | Livres
    À Montréal, la rencontre a réuni la Nord-Irlandaise Rachel McCrum, le poète Jonathan Lamy et l’artiste Moe Clark.
    Photo: British Council, Eric Bent, Productions Spectrum À Montréal, la rencontre a réuni la Nord-Irlandaise Rachel McCrum, le poète Jonathan Lamy et l’artiste Moe Clark.

    Dans les pierres des murs, les poètes voient des histoires, entendent des chants lointains. Ce sont des caisses de résonance où se répercute le fracas des villes. Durant l’année 2017, le programme littéraire Walking Cities a réuni des écrivains canadiens et anglais pour les faire marcher dans les grandes villes du Canada : Vancouver, Winnipeg, Toronto et Montréal. Le tout est organisé par le British Council du Canada, d’où la forte représentation anglaise. Les vidéos qu’on en a tirées ont été lancées en décembre et sont désormais en ligne et accessibles à tous.

     

    À Montréal, la rencontre a réuni le poète québécois Jonathan Lamy, seul francophone de l’ensemble du projet, l’artiste multidisciplinaire Moe Clark, originaire d’Alberta et vivant à Montréal, et la Nord-Irlandaise Rachel McCrum, dont c’était le premier automne à Montréal.

     

    En déambulant près du marché Jean-Talon, Rachel McCrum se souvient qu’il y avait là autrefois, avant l’établissement du marché en 1933, le Shamrock Lacrosse Club. Ce stade avait été construit par la communauté irlandaise de Montréal. On sait que la crosse est un sport hérité de la tradition amérindienne. Or, dans les années 1880, la Ligue de crosse interdit aux Amérindiens de jouer dans son association. Plus d’un siècle plus tard, Moe Clark, qui a des origines cries, rappelle que, dans cette langue, le mois d’octobre est la lune des feuilles tombantes. Le mois de septembre est la lune du vol vers la maison, pour les oies, les colibris et les papillons. Le mois de novembre, quant à lui, est celui du gel. Jonathan Lamy parle, quant à lui, de l’hiver comme de la saison choisie pour se tourner vers son intériorité, loin du tumulte et plus près de la création.

     

    On arrive à Winnipeg par la voix de la poète Katherena Vermette, sur la rivière Rouge au confluent de la rivière Assiniboine. Lorsqu’ils y sont arrivés, les autochtones saulteaux y ont d’abord trouvé des piles de cadavres d’Assiniboines et de Cris, tous morts de la petite vérole. Établis sur les lieux, qu’ils appelaient « le paradis », les Saulteaux ont ensuite été poussés vers le nord par les colons britanniques et par l’expansion de la ville de Winnipeg.

     

    Aux côtés de Katherena Vermette, le poète écossais Harry Giles attire l’attention sur un monument de Winnipeg érigé en l’honneur des « Selkirk Settlers », ces colons écossais pauvres dépossédés de leurs terres et recrutés par Thomas Douglas, comte de Selkirk, pour peupler les terres des environs de la rivière Rouge. Ce monument a d’ailleurs un seul autre jumeau identique, en Écosse. Pour Giles, ce monument est en fait une offense à la mémoire de ces colons, dont la migration a été au départ causée par une injustice.

     

    Où les langues se croisent

     

    C’est avec la pluie que l’on atterrit à Vancouver, sur Rain, un poème de Susan Telfer : « Parfois, j’ai envie d’être la pluie que je maudis, pour tomber dans la tasse de mon amoureux, et étancher sa soif » (traduction libre). La poète Dina Del Bucchia y rencontre Deanna Rodger et Dean Atta, du Royaume-Uni. Pour Deanna Rodger, la poésie est d’abord une occasion de recherche. Au sujet de ses performances, Dean Atta explique que c’est un peu comme enlever ses vêtements en public et s’interdire de les remettre…

     

    À Toronto, on emboîte le pas à la poète canadienne Dionne Brand, qui y vit depuis 47 ans, et à l’Anglaise Vahni Capildeo, dans un quartier multiethnique autour de Bloor Street, où les langues se croisent sans se comprendre. Ici, on parle le coréen ; là, l’hindi ; plus loin, l’ukrainien ; et enfin, l’espagnol. Les deux poètes se réjouissent de la dimension humaine des maisons de ce quartier qui n’a pas encore été envahi par les gigantesques tours, produit des booms immobiliers, d’où on voit les passants, tout au-dessous, comme de petits robots. La Britannique Vahni Capildeo a pour sa part découvert Toronto à travers la prose d’Austin Clarke. L’écrivain y dépeint une ville d’hiver, monochrome, où tout se situe entre le noir et le blanc. Dionne Brand raconte par ailleurs qu’à Londres, une ville qu’elle ne connaissait pas, elle se retrouvait, en raison de la structure, de l’architecture répandue par l’Empire britannique. Toronto, constatent les poètes, est aussi une ville tranquille, où on entend moins les klaxons, les voix humaines. « C’est la présence du silence, plutôt que l’absence de silence. » Vahni Capildeo a d’ailleurs remarqué que les Britanniques, contrairement à d’autres peuples, n’ont pas l’habitude de s’interrompre entre eux quand ils parlent.













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