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    Fiction française

    «La disparition de Josef Mengele» ou les vacances d’un rat au Brésil

    7 octobre 2017 | Christian Desmeules - Collaborateur | Livres
    Josef Mengele en 1956
    Photo: Wikicommons Josef Mengele en 1956

    En février 1979, un vieux moustachu se noie après un malaise sur une plage du sud-est brésilien, alors que sa tête était mise à prix pour 3,4 millions de dollars américains. Vite enterré sous le nom de Wolfgang Gerhard, dont il utilisait la carte d’identité depuis quelques années, son cadavre sera exhumé en 1985, mettant fin à une traque internationale qui aura duré quarante ans.

     

    En s’inspirant du parcours à obstacles de Josef Mengele en Amérique du Sud, Olivier Guez cède à son tour à la vogue de l’exofiction (sous-genre romanesque qui s’appuie sur la vie d’un personnage réel tout en se permettant d’inventer) pour nous donner La disparition de Josef Mengele, son deuxième roman.

     

    À la fin des années 1940, à l’initiative du gouvernement Perón, Buenos Aires est devenue un nid de criminels de guerre. Échoués sur les rives du Rio de la Plata : nazis, oustachis croates, fascistes italiens, vichystes en goguette. Des tortionnaires, des assassins, des criminels. Perón prend plaisir à fouiller les poubelles de l’Histoire. En Argentine, après la Seconde Guerre mondiale, le passé n’existe pas.

     

    Officier SS, « employé modèle des usines de la mort », médecin et « ingénieur de la race aryenne », Mengele poursuivait avec passion et acharnement à Auschwitz ses recherches anthropologiques et génétiques. Il y menait avec une rare cruauté des expérimentations sur les déportés — avec un intérêt particulier pour les vrais jumeaux, les nains ou les personnes souffrant de difformités. Sélection, vivisection, dissection.

     

    En 1949, aidé par un réseau d’anciens SS, le médecin nazi va dériver vers l’Argentine, se cachant d’abord sous de fausses identités, avant de se détendre un peu et de reprendre son nom. Discret et prudent, toujours prêt à minimiser son rôle au sein de la machine de destruction nazie, recevant de l’argent de sa famille d’industriels restée en Allemagne, Mengele traverse la frontière pour s’installer au Paraguay, où le régime Stroessner était tout aussi conciliant.

     

    Mais en 1960, en Argentine, le Mossad capture Adolf Eichmann, officier SS du IIIe Reich et responsable de la logistique de la « solution finale ». Mengele est le prochain sur la liste des Israéliens, il le sait. Ses beaux jours en exil s’assombrissent, sa vie bascule à nouveau et sa cavale le pousse cette fois vers le Brésil. Métis d’Indiens, d’Africains et d’Européens, « peuple antéchrist pour un théoricien fanatique de la race », Mengele avait particulièrement en horreur les Brésiliens.

     

    Grâce à la complicité de quelques proches et de nostalgiques du IIIe Reich, il pourra couler des jours tranquilles dans une ferme des environs de São Paulo tenue par une famille d’immigrés hongrois.

     

    Alors que Klaus Barbie est confortablement installé en Bolivie (il sera arrêté et extradé vers la France en 1983), que des centaines d’autres nazis sont passés à travers les mailles du filet, l’Allemagne entreprend mollement de faire un peu de ménage dans son passé.

     

    Peu à peu lâché par ses complices, tandis que la légende de sa cavale s’amplifie — à coups de fabulations du chasseur de nazis Simon Wiesenthal et d’apparitions éclair dans la littérature et le cinéma —, le bourreau verra son existence se transformer en une sorte d’enfer climatisé.

     

    Histoire noire

     

    C’est cette histoire noire et invisible que cherche à raconter La disparition de Josef Mengele, récit linéaire et un peu clinique. Considérant l’ampleur des zones d’ombre malgré l’ampleur de ses recherches, la fiction s’est vite imposée à l’écrivain, qui s’est notamment inspiré du journal du tortionnaire, auquel certains biographes ont eu accès.

     

    Plongeant ses mains dans les entrailles nauséabondes du XXe siècle, Olivier Guez, journaliste et romancier français né en 1974, s’intéresse au mal en s’effaçant le plus possible. Il invente et fouille de manière posthume la vie d’animal traqué de Mengele. Qui devient sous sa plume un rat aux abois, une vermine nazie, un personnage abject qu’il ne cherche surtout pas à rendre sympathique.

    « Les jours, les semaines, les mois défilent, ainsi stagne la vie confinée de Mengele au Brésil dans son cachot ouvert sur l’infini et loin des hommes, une vie figée dans un bourdonnement incessant [...] » Extrait de «La disparition de Josef Mengele»

    La disparition de Josef Mengele
    ★★★ 1/2
    Olivier Guez, Grasset, Paris, 2017, 240 pages












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