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    Diagnostic intime et illustré sur un cancer

    India Desjardins et Marianne Ferrer racontent l’épreuve du mal loin du mélodrame

    7 octobre 2017 | Marie Fradette - Collaboratrice | Livres
    Le dessin de Marianne Ferrer métaphorise le concret décrit dans le texte et nous propulse ainsi en état d’apesanteur.
    Illustration: Éditions La pastèque Le dessin de Marianne Ferrer métaphorise le concret décrit dans le texte et nous propulse ainsi en état d’apesanteur.

    «J’avance tranquillement dans le corridor de l’hôpital. On m’annoncera aujourd’hui combien de temps il me reste à vivre […] On a diagnostiqué ma leucémie il y a cinq ans […] Je dois avouer qu’à dix ans, n’ayant jamais connu personne souffrant de cette maladie, je ne savais pas exactement ce que c’était. »

     

    C’est sur cette réalité que s’amorce sans doute la plus longue journée de cette adolescente. L’attente de la nouvelle est entrecoupée d’anecdotes et de souvenirs qui nous font entrer dans son quotidien, mais aussi dans celui des gens qui l’entourent. Ses parents, notamment son père, qui n’arrête pas de faire des « jokes de mononcle » pour cacher sa douleur, dit-elle, sa nouvelle amie de chambre, Maxine, qui n’aura pas la même chance qu’elle et Victor, ce garçon doux et sensible qui saura la regarder « comme une fille et non comme une malade ».

     

    La finale reste connue depuis le titre, mais étrangement, on se prend à l’oublier en court de lecture, touchée par cette héroïne, inspirée par une adolescente rencontrée par India Desjardins à qui elle avait promis cette histoire. Nous reconnaissons bien ici son style et sa propension à mettre le réel en scène de façon concrète, simplement, tout en insistant sur des détails qui permettent de voir l’adolescence de l’intérieur.

     

    Évoquer la douleur

     

    Si l’auteure parvient à rendre avec précision l’émotion de son héroïne, sa vision du monde, les illustrations pleine page de Marianne Ferrer (Racines, Le jardin invisible) ajoutent beaucoup à l’effet de sens. Jouant sur trois couleurs sobres — valsant entre le gris, le vert pâle et le bourgogne, signe de vie —, la ligne impure évoque avec candeur cette bulle de douleur, ce moment vaporeux, insaisissable, cette période difficile pendant laquelle la vie suit son cours, mais reste tout de même coincée entre parenthèses.

     

    Marianne Ferrer métaphorise le concret décrit dans le texte et nous propulse ainsi en état d’apesanteur. Le manque de force de la jeune fille, son découragement, se voit notamment à travers ce grand corps mou, ces membres étirés, trop longs, pendus à ceux solides de sa mère qui traîne son enfant avec toute la force et l’énergie de l’espoir. Le silence qui émane de ces illustrations exprime avec force toute la charge émotionnelle vécue entre les personnages.

     

    Sans offrir un album graphique singulier — sur le thème, on se souviendra du très poétique et incomparable Ma meilleure amie de Gilles Tibo et Janice Nadeau —, le duo parvient à dire la douleur et la rédemption délicatement sans tomber dans le piège du pathétisme ou du mélodramatique.

    Une histoire de cancer qui finit bien
    ★★★ 1/2
    India Desjardins et Marianne Ferrer, La Pastèque, Montréal, 2017, 88 pages












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