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    Polar

    De la violence à toutes les sauces

    2 septembre 2017 | Michel Bélair - Collaborateur | Livres
    Illustration: Tiffet

    Si vous faites l’exercice de fouiller les listes de parutions automnales des éditeurs d’ici comme d’ailleurs, vous y trouverez, comme d’habitude, plusieurs centaines de livres à venir… Pour s’y retrouver au milieu de ces forêts de feuilles imprimées, on soulignera les incontournables tout en laissant courir les best-sellers à la Dan Brown, à la Michel Bussi et à la Lee Child, entre autres.

     

    Mais quel que soit l’angle choisi pour procéder au tri, on en reviendra toujours à mettre en relief une sorte de thématique commune au polar : celle de la violence de plus en plus multiforme qui caractérise les sociétés modernes.

     

    Cette violence, on la retrouve désormais conjuguée à toutes les sauces, on le sait puisque l’actualité se fait une sorte de point d’honneur de dépasser quotidiennement la fiction. Ainsi, dans L’ombre des monastères de Jean-Louis Fleury (Alire), on aura l’occasion en octobre de voir à quel point la montée des groupes d’extrême droite au Québec n’est que la manifestation locale d’une tendance mondiale. Ici, une série d’attentats ciblant des musulmans se produisent en Belgique, en France et au Québec ; la SQ fera appel à Aglaé Boisjoli (rencontrée dans L’affaire Céline en 2015) pour élucider l’affaire.

     

    Le retour de Brunetti

     

    C’est la même violence froide, presque élégante mais tout aussi injustifiable, que l’on voit apparaître dans Minuit sur le canal San Boldo de Donna Leon. Dans cette 25e enquête du commissaire Brunetti, il est question d’accueil des immigrants et des privilèges de certaines castes vénitiennes. Ce type de violence cachée se retrouve aussi, formulé d’une tout autre manière, dans La femme de l’ombre, le deuxième tome de la trilogie des ombres d’Arnaldur Indridason (Métailié), qui raconte l’impact de la guerre — et des soldats américains ! — sur l’Islande, un monde alors à peine touché par le temps.

     

    À cette courte liste, on peut encore ajouter Jo Nesbö qui, dans La soif (Gallimard), met en scène un tueur en série sévissant grâce aux réseaux sociaux. David Lagercrantz aussi, qui poursuit l’aventure Millénium, avec une Lisbeth Sallander encore une fois confrontée à la violence et à l’injustice dans La fille qui rendait coup pour coup (Actes Sud). Pourquoi ensuite ne pas plonger dans un tout nouveau Ian Manook aux accents brésiliens (Mato Grosso chez Albin Michel), un « noir » sur fond langoureux… sans Yeruldelger cette fois.

     

    Avant de tout ranger, il faut enfin souligner à quel point le polar québécois continue sa percée en France. Après Martin Michaud et Louise Penny — qui verra deux nouvelles aventures de son inspecteur Gamache paraître chez Actes Sud —, Patrick Senécal vient tout juste de publier chez Fleuve noir (Aliss) et chez Presse Pocket (Le vide), alors que le remarquable Bondrée d’Andrée A. Michaud sortira chez Rivages. Dans la même foulée, Alire diffusera aussi là-bas le tout récent Faims de Senécal, tout comme Où le soleil s’éteint de Jacques Côté.

     

    La violence ne connaît pas de frontière…


    La jeune pousse de l’automne Julie Kurtness vit à Montréal, en regrettant souvent les grands espaces. C’est qu’elle a passé une bonne partie de sa vie à Mashteuiatsh, l’ancienne « réserve » de Pointe-Bleue, près de Roberval — maintenant La Baie —, où elle est née en 1981. Cette Montagnaise devenue Innue écrit son premier roman au je en racontant l’histoire d’une meurtrière qui découvre à l’âge de douze ans qu’elle aime les plaisirs simples, tout en détestant ses semblables au point d’éliminer les pires d’entre eux. Son héroïne calculatrice et froide, qu’on ne connaît encore que par la quatrième de couverture de De vengeance (L’instant même), risque de provoquer des sueurs froides et de faire beaucoup jaser dans les chaumières. « Je n’ai pas de signature propre, pas un crime ne ressemble à un autre. Je ne trace pas mes initiales sur mes victimes, je ne pisse pas dans les coins de la pièce. Je ne laisse pas de papillons exotiques au fond de la gorge, ou des haïkus pliés dans la veine cave supérieure. La poésie de mes gestes n’a de sens que pour moi. »












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