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    La bande dessinée fait revivre ses figures fortes

    2 septembre 2017 |Fabien Deglise | Livres
    Illustration: Tiffet

    Par manque d’imagination ? Par peur de la nouveauté ? Par pur opportunisme commercial ? Pour toutes ces raisons ? D’ici la fin de l’année, une jolie brochette d’anciens du 9e art va se rappeler au bon souvenir du présent en poursuivant l’écriture d’aventures et la construction d’univers dont les bases ont été posées pour la plupart au siècle dernier. Petit panorama de cette quête de réconfort dans la réminiscence du passé et dans la stabilité du prévisible…

     

    Au coeur de ce bal des grands retours, Astérix, personnage mis au monde par Uderzo et Goscinny, va sans doute occuper une place de choix avec le lancement mondial le 19 octobre prochain de la 37e de ses aventures. Astérix et la transitalique (Éditions Albert René) — c’est son titre — poursuit la collaboration entre Jean-Yves Ferri au scénario et Didier Conrad au dessin qui, en 2013, se sont fait remettre les clefs de la maison par Albert Uderzo pour faire persister dans le temps l’opposition du petit Gaulois et de son ami pas gros mais enrobé avec les Romains. C’est d’ailleurs sur la terre de leurs ennemis, l’Italie, que va se jouer ce nouveau chapitre, au-delà de Rome toutefois, où les personnages sont déjà allés, dans des régions transalpines pas toujours favorables à César, dit-on.

     

    Photo: La Pastèque

    Octobre va aussi marquer le retour de Red Ketchup, antihéros sympathique mis au monde en 1981 dans le magazine Croc avant de devenir l’agent autonome de ses propres aventures en 1983 dans la revue Titanic, et qui va se dévoiler dans un délire inédit intitulé Élixir X (La Pastèque). L’histoire, mettant en vedette la soeur du héros et une substance relevant de la fontaine de Jouvence, avait été laissée en plan par Réal Godbout et Pierre Fournier, les créateurs du personnage, il y a plus de 20 ans. Contrairement à l’instabilité psychologique du héros, l’interruption n’aura pas été définitive.

     

    Les retours notables des personnages du 9e art pourraient tenir sur un trait sans fin cet automne. Un fil sur lequel il est possible de voir apparaître les contours du visage de Lou (Glénat), charmante héroïne de son quotidien mis au monde par Julien Neel et qui se raconte dans un tome viii, celui de Largo Winch (Dupuis), héritier aventurier ramenant sa belle gueule et son existence tumultueuse dans un 21e album signé Éric Giacometti et Philippe Francq, celui de Corto Maltese (Casterman), qui va habiter le tome xiv de cette série imaginée par Hugo Pratt et maintenue en vie par Juan Diaz Canales et Ruben Pellejero, ou encore celui de Paul, alter ego tout en lignes claires de Michel Rabagliati et qui revient dans Paul à Montréal (La Pastèque), une mise en album « augmentée » de dessins et d’anecdotes, des cases qui composent le parcours urbain créé par l’auteur dans les rues de Montréal à l’occasion du 375e anniversaire de la métropole. Les Schtroumpf et les haricots mauves (Le Lombard), Les légendaires (Delcourt) et Titeuf (Glénat) vont également être là, comme des figures imposées dans une rentrée bédé qui n’a pas peur de se perdre dans ses « déjà-vu ».

     

    Parmi toutes ces valeurs sûres, certaines s’annoncent peut-être un peu plus inspirantes que d’autres. Des noms ? Blutch — Christian Hincker pour l’état civil français —, un véritable passionné de bandes dessinées, va en faire la démonstration dans Variations, oeuvre très attendue cet automne, dans laquelle il revisite, redessine, complète ou modifie des fragments puisés dans les univers de ses héros : Franquin, Morris, Manara, Jacobs, Goosens… « La bande dessinée me laisse perplexe, écrit-il en guise d’introduction. Après trente ans de travaux publiés, je n’ai jamais réussi à me mettre d’accord sur son compte […] et je suis bien obligé de le reconnaître, au fond, je n’y comprends rien. » Jolie entrée en matière.

     

    Photo: Rue de Sèvres

    L’immense auteur japonais Jirô Taniguchi, lui, a toujours donné l’impression de comprendre le support sur lequel il a posé, jusqu’à sa mort en février dernier, des récits singuliers à l’humanité forte. Une ultime création, La forêt millénaire (Rue de Sèvres), va une dernière fois témoigner de son énorme talent, même si ce récit simple, suivant le quotidien d’un jeune Tokyoïte découvrant la beauté de l’arrière-pays japonais après avoir été séparé de ses parents, restera à jamais inachevé. L’aventure devait tenir en trois volumes. Le maître du roman graphique n’a pu que terminer le premier chapitre.

     

    Il n’y aura pas de suite, contrairement aux Nouvelles aventures de Lapinot de Lewis Trondheim, personnage que l’on croyait mort depuis 13 ans et La vie comme elle vient, qui revient à la vie cet automne dans Un monde un peu meilleur (L’Association). Le retour de Henri Castagnette, personnage du Whitehorse (Pow Pow) de Samuel Cantin, lui, est toujours aussi débordant de vie, et il va en faire la démonstration dans la deuxième partie de ce récit loufoque qui cette fois conduit bel et bien le lecteur dans la ville du Yukon pour le tournage d’un double documenteur par le cinéaste Sylvain Pastrami.

     

    Cet automne, il y a ce qu’il faut remarquer, mais il y a aussi plusieurs créations qui pourraient être remarquables. La rencontre de François Schuiten et Benoît Sokal dans Aquarica (Rue de Sèvres) risque d’en faire partie, comme l’introspection sur l’identité et le genre par Julie Delporte dans Moi aussi je voulais l’emporter (Pow Pow), comme aussi Les saisons de Montréal (La Pastèque) de la jeune illustratrice Raphaëlle Barbanègre ou encore Une histoire de cancer qui finit bien (La Pastèque) de Marianne Ferrer et India Desjardins. L’album met magnifiquement en dessin la vie réelle d’une jeune fille de 15 ans qui a la leucémie, avec des moments durs et, comme une promesse posée dans le titre, une histoire d’amour et de l’espoir à la fin.


    La jeune pousse de l’automne Jules Verne raconté par un bédéiste italien dont l’univers graphique, dévoilé dans une première oeuvre, en annonce certainement plusieurs autres. Voilà ce que propose le Voyage au centre de la Terre (La Pastèque) de Matteo Berton, qui en novembre promet de donner un grand coup de modernité à l’aventure fantastique mise au monde par le romancier français en 1864. Trois ans de travail ont été nécessaires pour laisser la précision du trait et du détail suivre le naturaliste allemand Otto Lidenbrock et son neveu dans leur descente au coeur des mondes insoupçonnés qui se situent en dessous du volcan islandais éteint, le Sneffels. Dans leur rencontre aussi avec la géologie, la cryptologie et la paléontologie, ces sciences au centre de la Terre, mais aussi de ce récit.












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