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    Bédé

    Bédé: quand Zep met Titeuf devant la noirceur du monde

    «On a besoin de rire des sujets terribles pour les rendre accessibles, acceptables»

    30 août 2017 | Alain Jean-Robert - Agence France-Presse à Paris | Livres
    «Le tabou, c’est l’invention des adultes qui ont peur de l’intelligence des enfants», dit Zep, créateur de Titeuf.
    Photo: Thomas Samson Agence France-Presse «Le tabou, c’est l’invention des adultes qui ont peur de l’intelligence des enfants», dit Zep, créateur de Titeuf.

    Crise des migrants, terrorisme, intégrisme, théorie du complot… Derrière sa couverture rose fluo, le dernier album de Titeuf, le garnement le plus attachant de la bédé, aborde de front la noirceur du monde sans jamais cesser de nous faire rire.

     

    « On a besoin de rire des sujets terribles pour les rendre accessibles, acceptables », affirme le Genevois Zep, créateur, il y a 25 ans, du personnage de Titeuf, éternel gamin d’une dizaine d’années, à la fois naïf et curieux, intéressé par la marche du monde et… le mystère de la reproduction sexuée.

     

    En librairie en France à partir de jeudi, le 11 octobre au Québec, À fond le slip, 15e album de la série, constitue (en attendant la publication d’Astérix en octobre) le premier gros choc éditorial de la rentrée. Son éditeur, Glénat, a prévu un tirage exceptionnel de 550 000 exemplaires de cet album.

     

    Titeuf est une série phare de la bédé francophone. Depuis sa création en 1992, plus de 21 millions d’albums se sont vendus, selon son éditeur. Il est traduit dans 25 pays, dont la Chine.

     

    Aux côtés de Manu (le meilleur pote de Titeuf), de Ramatou (qui lui fait chavirer le coeur), de Thérèse, la fille pas futée aux cheveux mauves qui occupe une place grandissante d’album en album, la maîtresse et les parents, ce nouvel opus est l’occasion de découvrir une galerie de nouveaux personnages.

     

    Titeuf a dans sa classe « Loïc l’illuminé », un enfant qui passe son temps à regarder des vidéos complotistes, Momo, un intégriste musulman (« Salamiste », dit Titeuf), qui ne veut ni parler à la maîtresse ni se trouver à côté d’une fille, des réfugiés… « Tout cela cohabite très bien. C’est même assez rigolo », résumait Zep lors d’une récente conférence de presse à Paris.

     

    Le tabou, cette invention des adultes

     

    Après le choix du format long adopté dans l’album précédent, Zep a choisi de « revenir aux fondamentaux » avec des histoires d’une planche ou deux maximum. Cela donne à l’album un rythme endiablé. On passe du grave au comique en un clin d’oeil. « Je n’ai jamais mis de limite aux sujets à aborder avec Titeuf. Les enfants ne s’interdisent pas un sujet parce qu’il est tabou. Le tabou, c’est l’invention des adultes qui ont peur de l’intelligence des enfants », dit-il.

     

    La planche intitulée « Chacun son tour » résume assez bien cette philosophie. On voit les parents de Titeuf mentir à leur fils (afin de le protéger, pensent-ils). Ainsi, passant devant le corps recouvert d’un linceul d’un cycliste mortellement blessé dans un accident, la mère de Titeuf lui explique : « Le monsieur dort dans la rue. Comme il avait froid, on lui a mis une couverture. »

     

    « Les parents, ils inventent tout le temps des trucs », dit Titeuf, pas dupe. « Alors ils pourraient aussi faire un effort », ajoute le jeune garçon quand son père, excédé, lui dit : « Tu n’as pas répondu aux questions parce que tu n’avais pas de crayon ? Tu me prends pour un idiot ? »

     

    « Les enfants sont confrontés aujourd’hui aux images de violence, de pornographie, aux propos racistes, aux appels à la haine… Il vaut mieux en parler, en rire », dit Zep.

    Je n’ai jamais mis de limite aux sujets à aborder avec Titeuf
    Zep
     

    Si Titeuf n’a pas de téléphone portable, il consulte Internet (chez Manu) pour trouver des réponses à ses questions. Parfois, on y fait de mauvaises rencontres.

     

    Manu et Titeuf vont ainsi entrer en contact avec un pédophile en cherchant des solutions à leurs problèmes de maths sur Internet. Ça pourrait être atroce, grâce au talent de Zep c’est juste hilarant.

     

    Une des pages les plus drôles de l’album est inspirée du terrorisme. Pour aider un petit garçon à récupérer son ballon de baudruche, Titeuf abandonne son sac d’école dans une galerie commerciale. Il récupère le ballon mais, pendant ce temps, les services de déminage ont fait exploser son sac.

     

    Évidemment, la maîtresse ne croira pas un mot de cette histoire. « C’est l’excuse la plus nulle que j’aie entendue de toute ma carrière », dit-elle. Dépité, Titeuf constate : « Le terrorisme c’est vraiment l’horreur. »













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