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    Des taches sous le vernis des apparences

    David Carkeet livre une comédie singulière, mais en dents de scie

    5 août 2017 | Yannick Marcoux - Collaborateur | Livres
    David Carkeet est un professeur retraité d’écriture et de linguistique à l’Université du Missouri.
    Photo: Jerome Thelia David Carkeet est un professeur retraité d’écriture et de linguistique à l’Université du Missouri.

    Professeur retraité d’écriture et de linguistique à l’Université du Missouri, David Carkeet est auteur de six romans qui dépeignent avec humour la banalité du quotidien. Son plus récent roman traduit, Des erreurs ont été commises, est le troisième opus d’une série au centre de laquelle se trouve Jeremy Cook, linguiste au chômage dont le destin semble lié au malheur.

     

    Le parcours erratique de Cook croise cette fois celui de Ben Hudnut, a priori entrepreneur accompli, mari décent et bon père de quatre filles, dont certaines lui causent quelques tracas : Pam, l’adolescente qui se moque des interdits, et Molly, presque trois ans, qui accuse un retard de langage. C’est justement pour assister Molly dans ses apprentissages que celui que l’on surnomme « le roi des noix » invite Cook chez lui. Aussitôt, le ciel se couvre.

     

    Les malheurs pleuvent sur Hudnut. Tandis que son assistante vole la cagnotte de la compagnie, une vieille histoire d’adultère refait surface et ses partenaires d’affaires choisissent de l’abandonner. Dans un univers où les apparences font foi de tout, il lutte pour son honneur, épaulé par un noyau familial étonnamment compréhensif.

     

    Ses aléas suivent ceux plus réguliers de Cook qui, maladroit et inutile, s’enfonce dans son mal-être : « Ben lui demanda s’il avait des projets pour Thanksgiving. Cook n’avait rien de prévu. Il ne savait même pas quand ça tombait. Il n’aimait pas les jours censés être différents des autres. »

     

    Pour animer ces vies trop lisses, Carkeet fait le pari de l’ironie et des péripéties. Porté par une fine répartie, enflammé par de cocasses quiproquos et mesurant la bonne dose de caricature à infuser, Des erreurs ont été commises ne manque pas d’humour : « Écoutez, vous êtes le bon ou le mauvais flic ? — Les deux. On est en sous-effectif. » Le linguiste en Carkeet parsème par ailleurs le récit d’anecdotes amusantes sur l’histoire de la langue.

     

    Les acrobaties ont pourtant leurs limites et il arrive que la vacuité des personnages ennuie. Même les meilleures farces nous semblent alors vaines. Mais il est quelques mises en scène d’une grande justesse où dialogues, gestes et regards vont outre le camouflage des apparences, révélant des relations humaines tissées par la jalousie, les jeux de séduction et les inconforts sociaux. Hélas, ces jouissifs fragments s’épuisent au fil du récit et on attend en vain leur redite, déçu par les attentes qu’ils avaient élevées. Des erreurs ont été commises se révèle ainsi un roman qui fait de belles promesses, mais qui se contente de glisser quelques sourires sur nos lèvres.

    Des erreurs ont été commises
    ★★ 1/2
    David Carkeet, traduit de l’américain par Marie Chabin, Monsieur Toussaint Louverture, Paris, 2017, 352 pages












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