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    L’humanité impitoyable selon James Lee Burke et Juana Salabert

    29 juillet 2017 | Michel Bélair - Collaborateur | Livres
    James Lee Burke est un immense écrivain.
    Photo: Brad Kemp Archives Associated Press James Lee Burke est un immense écrivain.

    L’été a mis tellement de temps à s’installer que vous avez déjà dévoré les incontournables de la saison — Fred Vargas (Quand sort la recluse, Flammarion), Michael Connelly (Jusqu’à l’impensable, Calmann-Lévy) et Craig Johnson (La dent du serpent, Gallmeister). Vous êtes à sec ? N’ayez crainte : voici une courte « liste d’épicerie » qui saura combler vos attentes.

     

    À couper le souffle

     

    James Lee Burke est un immense écrivain. Si vous en doutez encore — même après Dans la brume électrique avec les morts confédérés et les dizaines de ses romans déjà traduits en français —, La fête des fous, un impitoyable roman noir, saura vous en convaincre.

     

    L’action se situe au début du nouveau millénaire dans ce pays impossible marquant la frontière entre le Texas et le Mexique. Un peu comme si les paysages déchirés et violents qui sévissent là expliquaient le comportement des humains, tout tourne ici autour de la brutalité, de la culpabilité et de la rédemption.

     

    Pendant que le shérif Hackberry Holland et son adjointe Pam traquent un tueur en série, Jack Collins, ils se heurtent à diverses milices et agences gouvernementales à la recherche d’un ingénieur défroqué, spécialiste des drones, qui est protégé par le tueur. Soyez prévenus, les humains qu’on voit s’agiter ici sont partagés en deux clans : les très, très mauvais et les bons, ou presque.

     

    Au-delà de l’intrigue dévoilant une vision impitoyable de l’humanité et de certains personnages inoubliables — Holland et Pam, la Magdalena et Jack Collins, entre autres —, c’est l’écriture exceptionnelle de James Lee Burke qui s’impose tout au long des pages : le monde qu’il dépeint ici s’incrustera dans vos mémoires. D’autant plus que les seules descriptions des paysages improbables où se déroule l’action valent à elles seules la lecture de ce gros livre hors du commun. Un des plus durs, des plus beaux et des meilleurs jamais écrits par Burke.

     

    Retombées de crise

     

    L’austérité vient de frapper l’Espagne de plein fouet et voilà qu’une série de trois meurtres secoue la capitale : des bijoutiers usuriers (des cash-or) sont froidement égorgés. Près des victimes, des tracts dénoncent chaque fois les profiteurs qui osent abuser des pauvres gens en temps de crise.

     

    L’enquête mènera toutefois l’inspecteur Allarde sur une tout autre piste ; celle de survivants de l’époque franquiste à la morale plutôt élastique selon la situation. Mais ce qui vaut d’abord ici, c’est ce portrait de l’Espagne sous le choc, frappée par la crise à la fois économique et politique qui s’est éternisée là pendant presque une décennie.

     

    Juana Salabert décrit un monde écrasé sous la pression économique et l’austérité. Déboussolée, sans ressource, l’Espagne du début du XXIe siècle exhale la misère et les inégalités sociales, et c’est précisément ce que font ressortir ces trois meurtres. Une nouvelle voix lucide, critique, qui trace un portrait implacable.

    La fête des fous / La règle de l’or
    James Lee Burke, traduit de l’américain par Christophe Mercier, Rivages, Noir Paris, 2017, 554 pages, ★★★★1/2 / Juana Salabert, traduit de l’espagnol par Myriam Chrirousse, Métailié, Noir Paris, 2017, 283 pages, ★★★1/2












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