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    L’étrange Wyoming de Craig Johnson

    15 juillet 2017 | Michel Bélair - Collaborateur | Livres
    Dans son plus récent opus, Craig Johnson offre aux lecteurs une plume dense et lumineuse.
    Photo: Gallmeister Dans son plus récent opus, Craig Johnson offre aux lecteurs une plume dense et lumineuse.

    On a déjà dit ici, à plusieurs reprises, le plaisir sans cesse renouvelé de voir arriver un nouveau livre de Craig Johnson. L’oeuvre de cet ancien prof d’université-policier new-yorkais-forgeron-« rodéiste »-charpentier, etc. devenu éleveur de chevaux dans son ranch de Ucross, dans les hauteurs du Wyoming… est une bénédiction.

     

    On retrouvera ici avec bonheur sa galerie de personnages absolument inimitables tournant autour de Walt Longmire, shérif d’Absaroka, le plus petit comté du Wyoming et de tous les États-Unis. Son ami le plus proche, Henry, dit l’Ours ou la Nation Cheyenne ; Vic, son assistante bien aimée partisane des Flyers de Philadelphie ; et le Chien, son compagnon fidèle.

     

    Avec la chaîne des Bighorn Mountains comme horizon, le shérif et sa bande se retrouveront plongés malgré eux dans une histoire invraisemblable mettant en scène une secte et une poignée d’escrocs installés près du Teapot Dome…

     

    Étrangetés en série

     

    Dans ce décor somptueux que Johnson sait décrire comme pas un, c’est l’apparition d’unjeune adolescent un peu étrange qui va mettre le feu aux poudres. Le shérif Longmire constate bien vite que le jeune homme est illettré et qu’il semble sortir tout droit du milieu du XIXe siècle. Comme pour lui prouver qu’il a raison, surgit alors un personnage étrange, qui prétend être Orrin Porter Rockwell, ami personnel de Joseph Smith, le fondateur du mouvement adventiste des saints des derniers jours. Rockwell aurait donc près de 200 ans…

     

    C’est loin d’être la seule étrangeté dans cette histoire où les personnages hors du commun se multiplient en série. Comme ce Roy Lynear, chef de la secte polygame de l’Église apostolique de l’Agneau de Dieu, un personnage « hénorme » tout droit sorti de Dunes et qu’on imaginerait facilement flotter, à la Harkonnen, dans un gigantesque fauteuil à ras du sol. Ou le vieux Van Ross, cet impossible grand-père naturiste qui construit des soucoupes volantes en aluminium en attendant le Jugement dernier. Mais il y a surtout, autour du Teapot Dome — comme il y a quelques décennies autour de Waco —, une dangereuse bande de détraqués armés jusqu’aux dents qui protège un territoire clôturé.

     

    De quoi, sinon de qui ? Et pourquoi ? Le shérif Longmire devra défoncer quelques barrières avant d’avoir un soupçon de réponse. Derrière les agissements rétrogrades de la secte et les machinations d’anciens agents secrets mal intentionnés, on ne saisira avec lui l’ampleur de l’opération qu’à la toute fin, quand tout explosera dans les feux de l’enfer.

     

    Au-delà de cette intrigue hallucinante, on sera frappé ici par l’écriture dense et lumineuse de Craig Johnson — traduite encore une fois de façon somptueuse par Sophie Aslanides —, tout comme par son humour exceptionnel et sa tendresse profonde à l’égard de ses personnages. C’est probablement, avec Tous les démons sont ici paru en 2015, son livre le plus achevé et le plus lyrique.

     

    Et même quand la violence menace tout autour, on tombe, partout au fil des pages, sur des perles comme : « La lune était en train de se coucher, soulevant des marées qui n’existaient plus, mais on sentait l’allégresse de sa lumière qui tombait sur les rochers. » Ahhh, le Wyoming…

    La dent du serpent
    ★★★★
    Craig Johnson, traduit de l’américain par Sophie Aslanides, Gallmeister — Noire, Paris, 2017, 370 pages












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