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    Critique danse

    Dans une galaxie très lointaine

    Une chorégraphie qui mise sur le travail d’énergie, et sur la durée, la très, très longue durée

    7 décembre 2017 |Catherine Lalonde | Danse
    Plusieurs éléments de «Cosmic Love» semblent pensés pour nourrir le travail des danseurs plutôt que les spectateurs.
    Photo: Mathieu Verrault Plusieurs éléments de «Cosmic Love» semblent pensés pour nourrir le travail des danseurs plutôt que les spectateurs.

    Pour la première chorégraphie de groupe qu’elle signe en solo, Clara Furey fait le pari, risqué, de ne miser pratiquement que sur un seul élément de composition : le travail des énergies. Les sept interprètes de Cosmic Love, incluant le musicien et frère Tomas Furey, sont mus par des états de corps, et semblent, devant nous, les observer en eux.

     

    L’intention de la chorégraphe est d’incarner, de représenter, intuitivement et poétiquement, des phénomènes physiques. En entrant dans la 5e Salle, où les interprètes en choeur répètent inlassablement « I need a mouth as wide as the sky », le spectateur a l’impression de pénétrer un rituel dont il ne connaît ni les codes ni les dieux. Les corps des interprètes partent là d’un étrange lieu, difficile à lire. Ni naturels, ni de représentation, ni tout à fait fonctionnels, les troncs et bras figés, la respiration ample, ils semblent engoncés, déshumanisés. Les voix, la longue durée, les boucles de musique électronique qui viendront ensuite ont un effet calmant sur le corps du spectateur, qui sait déjà qu’on ne lui parlera pas là un langage habituel.

     

    Des situations physiques suivront ensuite sur scène, l’une après l’autre, jouées presque toujours chacun pour soi. Ici, on se berce éternellement, jusqu’à devenir vague — ce passage des duos à une scène d’individus bougés par une même onde étant la plus belle image de la pièce, mais s’échappant aussitôt que forgée. Là, les bras font moulin à vent. La gestuelle est minimale, austère même. Pour transmettre les sensations, Furey opte pour la durée. Chaque situation, chaque scène s’inscrit très, très longtemps ; et les transitions, pourtant intéressantes, sont précipitées. Ne s’installent pas dans cet étirement de temps la fascination que la durée peut parfois créer, l’hypnotisme, le trompe-l’oeil, la contamination sensorielle, l’entrée au coeur de l’âme des danseurs. Mais plutôt un certain écrasement, et même, à un point, une sorte de guerre d’endurance entre la salle et la scène.

     

    Plusieurs éléments de Cosmic Love semblent pensés pour nourrir le travail des danseurs plutôt que les spectateurs. La chorégraphie souffre d’un réel manque de clés de lecture. Le spectateur est exclu, parfois même rebuté, ayant l’impression d’assister à un trip. Si cette posture du tout-pour-l’interprète et de l’anti-spectaculaire est éthiquement fort valable, elle ne rejoint toutefois pas l’intention de la chorégraphe ni ce qui est joué sur la scène. Est-ce le dispositif scénique, cette scène à l’italienne qui pose les danseurs si loin, qui empêche la transmission ? Est-ce parce qu’ici « voir » est beaucoup, beaucoup moins « fort » que faire, entre autres à cause du refus de composer les images ?

     

    En l’état, Cosmic Love apparaît comme une galaxie très lointaine, à part, déconnectée de la salle, dont émanent certes des vibrations apaisantes, mais qui reste si fermée sur elle-même, si obscure qu’elle en perd même le mystère qui nous donnerait envie de la comprendre.

    Cosmic Love
    Une chorégraphie de et avec Clara Furey, en collaboration avec les interprètes Winnie Ho, Peter Jasko, Benjamin Kamino, Simon Portigal, Zoë Vos, Tomas Furey, et avec l’aide de Francis Ducharme lors de la création. Une présentation de Danse Danse. À la 5e Salle, jusqu’au 15 décembre.












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