Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Critique danse

    «Porter l’héritage» — Sortir de l’ombre

    Deux chorégraphes de l’altérité dévoilent leurs danses de résistance

    6 octobre 2017 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    «Moi-Me-Man» puise sa force dans un bon dosage entre la technique de la danse moderne et la théâtralité expressionniste.
    Photo: Narcisse E Esfahani «Moi-Me-Man» puise sa force dans un bon dosage entre la technique de la danse moderne et la théâtralité expressionniste.

    Ce jeudi, la seconde édition du festival Altérité, pas à pas ! s’ouvrait sur un programme double à Tangente mettant en avant le travail d’artistes minorisées. L’événement Porter l’héritage rassemble deux solos très concis, éloquents et riches en images. Bien que Christine Friday et Nasim Lootij puisent chacune dans leurs propres expériences de vie, leurs propres cultures et histoires distinctes, une énergie épique et une stature presque guerrière font se rejoindre ces danses de résistance.

     

    Avec très peu sur scène, sinon sa présence forte et entière, l’artiste autochtone Christine Friday livre un solo puissant et incarné, évoquant toute une série d’images totémiques. Évoluant avec vélocité et virtuosité dans un dispositif très frontal, la danseuse s’appuie sur une bande sonore éclectique, mêlant les sons d’une nature vivante aux chants et percussions amérindiens et à la musique baroque. Dans les mouvements cohabitent les géométries aériennes du ballet (pointes, pirouettes, bras et jambes tranchant l’espace), un savoir-faire institutionnel qu’elle métisse avec un vocabulaire plus contemporain et des gestes empruntés aux traditions autochtones (ancrage au sol, percussion des pieds et une attention particulièrement tournée vers l’intériorité). Par sa sincérité d’intention et ses inspirations historiques, ancestrales et spirituelles, Maggie & Me effleure le sacré. Succincte, la proposition se développe dans la vélocité, nous permettant d’entrevoir une signature artistique intime et atypique qui gagnerait à se développer sur la longueur, en se permettant encore plus de respiration et de temps morts, éléments nécessaires à la connexion avec le spectateur et à une transmission plus poussée d’un ressenti.

     

    Obscure clarté

     

    La chorégraphe iranienne Nasim Lootij ose embrasser l’obscurité et la déconstruction dans une pièce où le noir règne sur scène. Au fond de la scène, on discerne une figure mystérieuse voilée qui se lance dans des marches trépignantes, emprisonnée dans des carrés de lumière et condamnée à répéter les mêmes schémas pour finir par se libérer du tissu noir qui la contraint.

     

    Pièce à la dramaturgie changeante et bien dessinée, Moi-Me-Man puise sa force dans un bon dosage entre la technique de la danse moderne et la théâtralité expressionniste. On reconnaît des clins d’oeil aux deux icônes Martha Graham et Pina Bausch. Ici aussi, la conception sonore porteuse d’images joue un rôle essentiel : collage de citations (Faulkner sur notre rapport au passé), impacts de balle, explosions étouffées par la distance, clameurs des foules dans la rue. La scène se conçoit comme un champ de bataille habité par une présence féminine fantomatique et aux cheveux hirsutes. Certains phrasés chorégraphiques composés de chutes, de propulsions et de gestes raides en résistance à une force invisible se répètent en boucle. Entre l’ombre et la lumière, Nasim Lootij creuse l’état et les variations, s’accorde des silences, s’essouffle dans ses luttes, puis bascule dans la frénésie.

     

    Il est facile de tirer de ce solo toutes ses portées symboliques. Celle de l’éternelle répétition des mêmes erreurs, l’humain n’apprenant pas des erreurs des sociétés dont il porte l’héritage, voué à répéter l’horreur et prisonnier d’une certaine cécité. Celle aussi de la quête de liberté d’une figure qui doit traverser son cauchemar pour mieux pouvoir s’en dépêtrer et se tenir debout en pleine lumière.

    Porter l’héritage. De l’oppression, imaginer des futurs possibles Présenté par Tangente dans le cadre du Festival Altérité pas à pas, en co-présentation avec Nord Sud Arts et Cultures.

    Moi-Me-Man
    Chorégraphie et interprétation de Nasim Lootij
    Dramaturgie et voix de Kiasa Nazeran
    Lumières de Benoit Larivière

    Maggie & Me
    Chorégraphie et interprétation de Christine Friday
    Dramaturgie de Robert Desrosiers
    Conception sonore de Rob Bertola

    Du 5 au 8 octobre à l'Espace Danse du Wilder.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.