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    Danse Danse veut rebâtir de grandes compagnies québécoises

    C’est en mettant sur pied de nouveaux projets que le diffuseur entend marquer ses 20 ans

    26 septembre 2017 |Catherine Lalonde | Danse
    Caroline Ohrt et Pierre Des Marais caressent de grandes ambitions pour Danse Danse.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Caroline Ohrt et Pierre Des Marais caressent de grandes ambitions pour Danse Danse.

    « On a une ambition pour les dix prochaines années de Danse Danse, annoncent en entrevue les directeurs Pierre Des Marais et Caroline Ohrt. On a perdu au fil du temps nos grandes compagnies québécoises de danse. On doit en bâtir de nouvelles. » Si le diffuseur fête ses vingt ans d’existence, ouvrant sa programmation avec la partenaire de longue date Marie Chouinard et ses plus récentes créations, Jérôme Bosch : le jardin des délices et Soft Virtuosity, Still Humid, on the Edge, c’est en mettant sur pied de nouveaux projets que Danse Danse entend marquer cette année-bilan.

     

    « Il faut absolument de la grande forme locale », insiste la directrice, développement et programmation, Caroline Ohrt, parlant de ces spectacles qui mettent en scène au moins huit danseurs et réclament d’être donnés sur de grandes scènes et qui, faute de financement, ont peu à peu disparu de l’univers des possibles chorégraphiques québécois. « On va annoncer en octobre un projet qui va en ce sens. Il faut pousser le talent foisonnant d’ici, l’encourager et le porter sur les grandes scènes. C’est là qu’on entend mettre l’accent pour les dix prochaines années. »

     

    Danse Danse est né en 1998 comme une excroissance du Festival international de nouvelle danse (FIND). « Presque un adon », indique Pierre Des Marais. Le FIND avait tenté, l’année précédente, sans succès financier, une programmation en saison qui prolongeait la biennale. O Vertigo devait faire partie de la deuxième saison, annulée. Panique en la demeure. La compagnie, avec La La La Human Steps, Marie Chouinard et l’Agora de la danse, a repris au pied levé le flambeau, comme se le remémore le directeur artistique et général.

     

    Le succès a été au rendez-vous. « Ça répondait à un besoin, indique M. Des Marais. Le FIND avait vraiment bâti un très grand public. Je suis convaincu que celui que Danse Danse a rejoint, c’est celui-là. »

     

    Pour le public

     

    Dès sa deuxième édition, Danse Danse fait venir la compagnie japonaise H. Art Chaos. « Le milieu de la danse n’avait pas beaucoup aimé, mais le public avait adoré — il y avait un côté kitsch, à l’américaine. On a pris alors la décision de faire la programmation pour le public, pas pour le milieu », poursuit M. Des Marais.L’année suivante, avec le passage du Toronto Dance Theatre, s’ouvrent les échanges canadiens. Autres temps, autres moeurs : « À ce moment-là, on remettait un prorata du nombre de billets vendus aux compagnies : elles s’autoreprésentaient, donc. Et on s’est dit dès la quatrième année qu’il fallait changer ça, entre autres pour pouvoir contrôler l’image. On s’est mis à payer des cachets », indique le directeur.

     

    Sur deux décennies, les moments importants ont été nombreux. Mais la palme va au passage du chorégraphe britannique Akram Khan et de l’actrice Juliette Binoche, en 2008, avec In-I. « Ça nous a permis de passer d’une petite saison en danse contemporaine à une saison pour le grand public, précise M. Des Marais. On y a vu des gens d’Outremont qui ne seraient jamais venus à la danse autrement, et qui, parce que c’était Juliette Binoche, s’étaient déplacés. Et qui reviennent depuis. » Le spectacle a joué dix soirs à guichets fermés, attirant 8000 spectateurs. « On a doublé notre nombre d’abonnés l’an d’après. Je dirais qu’à peu près chaque quatre ans, quelque chose se passe. Quand on fait venir la compagnie de Pina Bauschou le Nederlands Dans Theater, par exemple, ça assoit dans l’oeil du public notre réputation, ça renouvelle le regard. » Caroline Ohrt précise : « Ces spectacles-là sont des mondes en soi, ils ouvrent des portes. Une fois que la porte est ouverte, les gens entrent, et tu peux te permettre de les amener vers d’autres endroits et d’autres danses. »

     

    L’ouverture de résidences de création et de coproduction en 2006 a aussi été un tournant, comme le partenariat avec la Place des Arts en 2010, où tous les spectacles sont joués depuis. Et il y a deux ans et demi, Caroline Ohrt a remplacé Clothilde Cardinal, qui était codirectrice depuis 2000. « Je récolte des fleurs que je n’ai pas semées, indique-t-elle. J’apporte un regard nouveau, un peu extérieur, puisque, si j’ai toujours été impliquée en danse, je viens des arts visuels. Un regard autre aussi en matière de développement, de stratégie. J’apporte une volonté renouvelée de pousser d’autres activités, et un enthousiasme, aussi. »

     

    L’avenir

     

    Si la croissance du public demeure le défi constant, Caroline Ohrt estime de son côté qu’il faudra de plus en plus « investir le spectateur autrement qu’en l’asseyant sur son siège. Presque tout le monde tourne autour de ces questions, et le succès du Grand Continental de Sylvain Émard vient du fait qu’il y répond ». Les saisons Danse Danse sont donc augmentées désormais de films et d’ateliers autour des spectacles. « S’il faut briser les barrières entre le siège et la scène, on va le faire. »

     

    « Tous les coûts associés à la présentation de la danse ont explosé ces dernières années, indique pragmatiquement Pierre Des Marais, qui a dansé lui-même de 1969 à 1981. Désormais, poursuit-il, « il faut trouver comment balancer tous les aspects des compagnies qu’on présente, entre création, diffusion, etc. Comment peut-on aller chercher les bons bonbons, de qualité, qui apportent quelque chose à la danse, qui amènent le public à mieux réfléchir sur la danse qu’il a vue avant et sur celle qu’il verra après ? Idéalement, dans dix ans, il faudrait présenter de la danse toutes les semaines. »













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