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    Du pouvoir, de la peur et des jeux de patience dans «La vie attend»

    23 septembre 2017 |Catherine Lalonde | Danse
    Pour «La vie attend», c’est David Albert-Toth qui tient davantage les rênes chorégraphiques, plus qu’il ne l’a fait auparavant.
    Photo: Pedro Ruiz De Devoir Pour «La vie attend», c’est David Albert-Toth qui tient davantage les rênes chorégraphiques, plus qu’il ne l’a fait auparavant.

    Ils composent et chorégraphient à deux têtes et quatre mains depuis leur sortie de l’école de danse. Après s’être attaqués aux tensions entre le désir d’intimité et la nécessité du conformisme social dans In Mixed Company (2013), ils cherchent maintenant à incarner, par le truchement de cinq danseurs, des idées du philosophe anglais du XVIe siècle Thomas Hobbes. Le Léviathan du philosophe devient La vie attend, tout de corps masculins.

     

    Elles sont rares, les compagnies dirigées par deux directeurs artistiques. David Albert-Toth et Emily Gualtieri s’attachent à travailler régulièrement ensemble, même si les incartades en solitaire font également partie de leurs parcours. C’est le partage des concepts et de la gestuelle, mais aussi la confusion qui advient sur la paternité des idées qui les gardent à la cochorégraphie. Ainsi que l’obligation de se redemander quasi constamment comment créer quand on est deux.

     

    « Ça crée une démocratie un peu désordonnée, mais vraiment intéressante,explique M. Albert-Toth. Et c’est ce qu’on voulait aller chercher. Avec le temps et l’expérience, on a appris à le faire de manière plus informelle. On peut partager des moments individuels ou travailler ensemble avec les danseurs, dans un flow. On se demande souvent comment gérer tout ça, ce qu’est notre place comme cocréateur et notre place face aux interprètes. »

     

    Ils partagent aussi le petit travail de castor, cette gestion invisible mais nécessaire à la tenue d’un spectacle. Au point où David Albert-Toth est venu seul à l’entrevue, parlant d’une seule voix pour les deux, tandis qu’Emily Gualtieri, ailleurs, gérait la direction de production. Vrai que, sur ce projet, c’est lui qui tient davantage les rênes chorégraphiques, plus qu’il ne l’a fait auparavant, « peut-être à 60 % ou 70 % », précise-t-il, sans lui-même danser.

     

    Après s’être attardés il y a quatre ans une première fois au balancier intimité/conformisme social, les deux chorégraphes ont eu le désir de lui redonner un élan. « J’ai trouvé dans Thomas Hobbes une prémisse morale sur le pouvoir de la peur et le désir du pouvoir. On voulait jouer là, entre l’espoir — l’espoir du désir de pouvoir — et la peur. Hobbes disait qu’espoir et peur sont toujours présents, dans tout, tout, tout ce qu’on fait, à un certain point. C’est un peu raide, mais ça me parle. Je trouve ça vrai », avance David Albert-Toth.

     

    Comment incarner ces concepts ? Le trajet le plus fluide, selon le cochorégraphe, était de passer à travers des tableaux théâtraux. Puis il a vu que, pour réaliser ses propositions, les interprètes adoptaient des stratégies inhérentes, intimes, qui leur appartenaient.« On a mis en scène des jeux, on a créé des genres de sport pour finalement évacuer toutes ces idées, car la stratégie était déjà omniprésente lorsqu’on dansait ensemble, dans la manière dont on bougeait en relation, surtout dans les sections de groupe et dans les duos. » Exit, donc, tout ce matériel. « Sometimes you have to kill your darlings », rappelle M. Albert-Toth, citant Faulkner. « On a fait le pari de la subtilité, de la nuance. »

     

    Il poursuit : « On aime tenter de faire émerger quelque chose de nouveau chez les danseurs avec lesquels on travaille. » Ici, cinq hommes, une distribution uniquement masculine : Joe Danny Aurélien, Marc Boivin, Simon-Xavier Lefebvre, Milan Panet-Gigon, Nicolas Patry.

     

    « Faire apparaître quelque chose qu’on pressent chez eux, d’un peu caché, peut-être. J’ai ce désir de les voir s’ouvrir d’une autre manière », dit-il.

     

    Et l’idée de l’attente, que portait déjà le titre — La vie attend —, a émergé. « C’est l’inattendu de ce projet, ce changement de réflexion : la quête était optimiste au début, elle passait par la physicalité, le jeu, même si ça incluait des trucs dark, obscurs, cette prédation, ces désirs de pouvoir. Ce n’est pas dans mes tendances naturelles d’aller creuser l’attente. » Qu’est-ce qu’elle attend, cette vie ? « La vie n’attend rien. Elle ne peut attendre que sa fin. Le concept de l’attente est resté. Au moment où on se parle, la pièce parle de voir la vie comme un jeu de patience, a waiting game. J’aime beaucoup cette expression, qui associe et l’attente et le jeu », dévoile le créateur.

     

    Il n’en reste pas moins de la vitesse, poursuit-il, des changements dynamiques, des oscillations entre la conscience de l’enfant intérieur comme du cadavre qui sommeillent en nous ; aussi de la haute énergie, du texte, de l’humour. Et une approche presque cinématographique de la construction, tant il est important pour Gualtieri et Albert-Toth de tendre des fils narratifs dans leurs oeuvres.

     

    La vie attend ? C’est aussi le moment où l’émergence est possible. « Ce vide qui peut ensuite être empli ; le choix de se dire les vraies choses, ou de les vivre plutôt côte à côte. Ce sont des questions qu’on se pose présentement, Emily et moi, autant dans nos vies personnelles qu’artistiques. »

    Extrait de «La vie attend»

    La vie attend
    Une chorégraphie d’Emily Gualtieri et David Albert-Toth, présentée par Dance Cité. Au théâtre La Chapelle, du 27  septembre au 7 octobre.












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