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    Critique spectacle

    «Mécaniques nocturnes»: dans le perpétuel chantier de nos vies

    21 septembre 2017 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    Anne Plamondon est au sommet de son art, inscrivant le mouvement sur tous les axes.
    Photo: Michael Slobodian Anne Plamondon est au sommet de son art, inscrivant le mouvement sur tous les axes.

    Après Les mêmes yeux que toi (2012), première pièce applaudie d’Anne Plamondon sur le thème de la maladie mentale, la chorégraphe amorce un retour au solo sur les planches de l’Agora de la danse. À nouveau épaulée par la main experte de Marie Brassard à la mise en scène, la jeune écriture chorégraphique s’en trouve magnifiée. Dans Mécaniques nocturnes se manifestent une gravité et une profondeur prégnantes, un caractère solennel qui indubitablement séduit.

     

    D’abord la clarté d’une ampoule côté jardin. Puis les notes suspendues d’une guitare électrique. Une silhouette s’approche, s’empare d’un sac de sable qu’elle pousse avec virulence sur le sol jusqu’au pied d’une longue barre horizontale occupant le centre de la scène. La figure féminine se fond à nouveau dans l’obscurité, réapparaît sur le côté latéral, fourmille et recommence la même routine.

     

    Le même intéressant manège se répète avec des additions de gestes, tandis que les lumières dévoilent un imposant échafaudage, sorte d’excroissance de la barre horizontale. Vêtue de noir, pantalon en simili cuir, cheveux tressés, Anne Plamondon revient agripper la barre de ballet. Une longue piste musicale d’inspiration post-rock impose une atmosphère d’étrangeté d’entrée de jeu. Celle-ci restera presque omniprésente, soutenant les ruptures de ton.

     

    Dans un premier temps, la danseuse étreint la structure, l’escalade, se pose en équilibre sur les axes métalliques dans un magnifique et périlleux jeu d’appui. Sur le fond de la scène, son ombre se détache. Ses mouvements en miroir apportent un nouveau champ visuel, une nouvelle densité.

     

    Sous la barre, suspendue par les jambes, tête en bas, la danseuse se mue en chauve-souris, puis sur ses deux pieds, déploie lentement et finement les gestes. Loin de l’échafaudage, elle s’empare progressivement et avec tact des espaces latéraux, s’en détourne pour mieux y revenir plus tard.

     

    Tissu complexe et gravité

     

    La conception sonore, le changement des lumières se déclinant sur une gamme bleutée et rougeâtre ainsi que les projections vidéo composent une scénographie simple qui sied parfaitement à la proposition chorégraphique où vient s’inscrire une belle et discrète dramaturgie.

     

    En rappel à la vie nocturne, sur la toile de fond, apparaît l’image d’une biche saisie en cachette par un regard prédateur qui rode au milieu de la nuit. Plus tard dans la proposition s’incruste le « timelapse » d’un chantier de construction, rappelant les prises de vue du film Koyaanisqatsi.

     

    Dans le corps d’Anne Plamondon cohabitent les techniques du ballet, le relâchement contemporain et l’impressionnante physicalité musculaire et ancrée dans le sol du breakdance. On vogue d’un vocabulaire chorégraphique à un autre avec fluidité. L’interprète est au sommet de son art, inscrivant le mouvement sur tous les axes. À la technicité toute virtuose s’ajoute une profondeur dans les détails (tremblements, sursauts, gestes mimés non illustratifs). Dans ce cheminement de la lenteur à la vélocité, du minimal à la surcharge, on saisit par endroits un regard théâtral, une expression affligée, comme si un poids pesait sur Plamondon. Une charge consciente et incarnée qu’elle tente de chasser et de balayer de son corps à plusieurs reprises.

     

    La barre de ballet se fait de plus en plus intéressante alors que la danseuse se réapproprie la géométrie de la discipline classique, en la court-circuitant avec des spirales et glissades bien contemporaines. Il est facile de se laisser happer par cette rigueur du mouvement, presque acrobatique.

     

    En contrepartie, cette grande souplesse et ce raffinement inscrits à même l’écriture chorégraphique freinent notre voyage jusqu’au bout de l’émotion. Cette dernière jaillit quelques fractions de seconde, ici et là, mais s’évapore aussi vite.

     

    Au fil de la pièce, l’image d’un perpétuel chantier se détache, à la fois symbole de la vie d’une créatrice et métaphore de nos vies courantes toujours soumises au changement. L’accumulation et les sursauts de mouvements nous font parfois perdre de vue cette très intéressante image. Malgré tout, on ressort sous le charme de ce second solo d’Anne Plamondon, dont la performance est saluée par les applaudissements de la salle, signe d’une importante signature chorégraphique en devenir.

    Mécaniques nocturnes
    De et avec Anne Plamondon ; dramaturgie et mise en scène de Marie Brassard ; scénographie d’Antonin Sorel ; lumières de Yan Lee Chan ; costumes de Marilène Bastien et musique Frédéric Auger, Last Ex, Olivier Fairfield. Du 20 au 23 septembre à l’Agora de la danse au Wilder.












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