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    Danse

    Grands Ballets canadiens de Montréal : dernière révérence de Gradimir Pankov

    30 mai 2017 |Catherine Lalonde | Danse
    Un hommage a été rendu à Gradimir Pankov lors de la première de la soirée Kylián, le 25 mai.
    Photo: Sasha Onyshchenko Un hommage a été rendu à Gradimir Pankov lors de la première de la soirée Kylián, le 25 mai.

    C’est sa sensibilité, son hypersensibilité même, sa recherche des émotions et son côté sanguin, revers de la médaille d’un être passionné, qui sont les traits listés d’abord par ceux qui parlent de Gradimir Pankov. Après 18 ans à la direction artistique des Grands Ballets canadiens de Montréal (GBC), l’homme a forcément laissé une empreinte. Alors qu’il tire sa révérence au moment où les Grands, en transition, déménagent dans l’Espace Danse de l’édifice Wilder, laissant les rênes esthétiques à l’Italien Ivan Cavallari, M. Pankov laisse une soirée Jirí Kylián comme cadeau d’au revoir.

     

    Gradimir Pankov ? Né en 1938, « c’est quelqu’un qui a une sensibilité extrême, énonce d’abord Mélanie Ferrero, chef de l’atelier de costumes, quand on lui demande de nommer, de son regard à elle, les caractéristiques du directeur artistique sortant. Il est très émotif. Il aime toucher les gens. Il apprécie aussi le côté théâtral d’une danse et les ballets contemporains. Il a osé prendre des risques avec de jeunes chorégraphes, même si, comme équipe, on n’en était pas toujours conscients… »

     

    Pendant sa direction, Gradimir Pankov aura apporté aux Grands Ballets les programmes complets, où une seule chorégraphie longue durée, comme Rodin/Claudel (Peter Quantz, 2011) ou Le Petit Prince (Didy Veldman, 2012), tient l’affiche. Les grandsclassiques et les ballets historiques ont été laissés aux compagnies invitées, sauf l’éternel Casse-Noisette (Fernand Nault), incontournable rendez-vous de Noël.

     

    M. Pankov a ouvert la porte à des chorégraphes « qui se démarquent, qui ont une identité forte, qui ne se retrouvent pas ailleurs, estime le danseur Hervé Courtain. Et il l’a fait alors que ceux-là étaient jeunes, pas dans le mainstream. C’est la force de Gradimir,poursuit le premier soliste, d’en avoir trouvé autant, car il n’y en a pas tant »,tels les Stijn Celis ou Kim Brandstrup, ou les désormais fort aimés ici Jirí Kylián et Ohad Naharin. C’est ce qui, selon certains, a pavé la voie des GBC vers un retour à la tournée internationale.

     

    Danses de caractère

     

    Par ailleurs, les danseurs ont été encouragés à se livrer à des essais chorégraphiques. Et M. Pankov a favorisé, dans ses choix, les personnalités. « Il avait le flair de choisir des danseurs ; pour deux interprètes égaux techniquement, il donnait un petit plus à celui qui avait une personnalité, explique Pierre Lapointe, maître de ballet depuis 1982. Ça a beaucoup facilité la distribution des rôles. Les visions différentes de la danse, les backgrounds différents chez les danseurs sont une richesse de la compagnie. Chacun se complète. Il y a toujours de la compétition dans une compagnie de ballet, souvent saine, mais ça s’est estompé. Quand les gens voient les distributions, ils comprennent pourquoi chacun a tel rôle. Et ils savent qu’il y a des rôles qui ne sont vraiment pas pour eux. Ça découle d’une logique artistique mise en marche dès leur embauche. » M. Lapointe nomme aussi l’instinct de M. Pankov pour trouver le bon déroulement d’une soirée faite de plusieurs chorégraphies.

     

    « Gradimir s’est éloigné beaucoup de tout ce qui est néoclassique, de ce qui est basé sur les lignes et les formes, estime Hervé Courtain, qui se souviendra aussi longtemps de la grande énergie de l’homme. Il est plus intéressé par les gens qui font un travail sur le ressenti, sur une vision, sur un projet, que par quelque chose de joli ou d’agréable à regarder. Il a su prendre des risques dans sa vision esthétique, en invitant des chorégraphes moins connus à Montréal. »

     

    Par exemple ? Celui qui est des GBC depuis 13 ans nomme spontanément La Belle et la Bête de Kader Belarbi (2005-2006), ou les oeuvres de Naharin, et même la technique particulière — technique Gaga — de ce dernier, « qui n’est presque plus du ballet », selon M. Courtain, et qui a été intégrée au travail préparatoire de ses chorégraphies.

     

    Que faut-il souhaiter désormais aux GBC ? « De continuer à découvrir des chorégraphes, à présenter des chorégraphes différents de ce qu’on trouve dans les autres compagnies nord-américaines, estime M. Courtain. C’est aussi ce qui rend la compagnie exportable, qui fait son identité. »

     

    « Que les défis artistiques demeurent, renchérit de son côté M. Lapointe. De ne pas tomber dans les ornières tracées, de ne pas chercher à faire toujours consensus. On a fait ça avec Gradimir, et on a rajeuni notre public énormément. Et même nos “vieux” abonnés, les plus fidèles, nous remercient aujourd’hui de les avoir emmenés là où ils ne pensaient pas vouloir aller. J’espère que ça va rester, l’innovation, et ce geste d’aller là où on ne nous attend pas. »

    Falling Angels, Evening Songs Searching For Home
    Chorégraphies : Jirí Kylián et Stephan Thoss. Au Théâtre Maisonneuve, jusqu’au 3 juin.












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