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    L'actrice et militante Vanessa Redgrave au service des réfugiés

    13 octobre 2017 |François Lévesque | Cinéma
    L’actrice et militante Vanessa Redgrave
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’actrice et militante Vanessa Redgrave

    Avec son tout premier documentaire en tant que réalisatrice, l’actrice Vanessa Redgrave fait oeuvre de sensibilisation en attirant l’attention sur le sort des réfugiés en Europe.


    En septembre 2015, la vision de la dépouille d’Alan Kurdi, trois ans, sur une plage turque ébranla le monde. Le petit réfugié syrien avait péri noyé avec sa mère et son frère. Comédienne engagée s’il en est, Vanessa Redgrave, émue comme tant d’autres par cette tragédie, voulut faire quelque chose pour éveiller les consciences. C’est ainsi que l’immense actrice réalisa, à 80 ans, son tout premier documentaire, Douleur de la mer (Sea Sorrow), dévoilé en projection spéciale à Cannes et présenté samedi au Festival du nouveau cinéma.

     

    Le titre est tiré d’une réplique de la pièce La tempête, de Shakespeare. Prospero parle de « sea sorrow » pour évoquer le sort de sa fille et lui qui, chassés de Milan, se sont réfugiés sur une île (Ralph Fiennes joue la scène). Habituée du répertoire shakespearien, Vanessa Redgrave dresse des parallèles entre les mots du barde et le sort des réfugiés actuels, évoquant encore, dans un reportage filmé dans le camp de réfugiés de Calais, Richard III.

     

    Douleur de la mer est très personnel et ponctué de réminiscences, surtout de l’enfance de la réalisatrice durant la Deuxième Guerre mondiale, mais aussi de sa participation, en 1956, à l’aide aux réfugiés de la révolution hongroise. Son fils, Carlo Nero, en est le producteur.

     

    « Je voulais aider les gens à réfléchir, résume Vanessa Redgrave au sujet de sa démarche. Nous n’avons pas “construit” le film ; nous n’avions pas de scénario. Le film a… pris forme. »

     

    Prises de parole

     

    Tourné en Grèce, en Italie, en France et au Liban (où Vanessa Redgrave rencontra jadis des réfugiés palestiniens pour le documentaire The Palestinian), Douleur de la mer donne d’emblée la parole à un réfugié, Hamidi, jeune homme de 22 ans ayant fui l’Afghanistan.

     

    « Je suis parti parce qu’il y avait toujours la guerre dans mon pays. Un jour, des Américains ont fait irruption dans notre maison et ont commencé à tout fouiller. J’étais petit et j’avais peur, et je criais “Non ! Non !” L’un d’eux a tué ma mère. Il lui a tiré une balle entre les deux yeux, devant moi, pour que je me taise. J’ai crié encore plus fort, et ils ont exécuté mon père. Je me suis sauvé par peur qu’ils me tuent moi aussi. »

     

    Brutal de sobriété, le témoignage saisit, à l’instar de la suite. Percutantes, les premières minutes montrent une succession de gros plans d’yeux de réfugiés. S’enchaînent, poignants, les récits de pauvreté, de parents tués, de contrées bombardées.

     

    En entrevue, Carlo Nero rappelle : « On oublie trop souvent que les réfugiés ne quittent pas leur pays pour le plaisir. Ils sont la plupart du temps forcés de le faire, notamment parce qu’ils sont persécutés. »

     

    « Sans frontière… » murmure Vanessa Redgrave en français.

     

    Apprendre du passé

     

    De fait, il se dégage de Douleur de la mer cette impression que la notion même de frontière est arbitraire. Carlo Nero abonde : « Les frontières existent, bien sûr, mais elles se trouvent surtout dans l’esprit des gens. »« Elles sont maintenues d’abord par intérêt commercial », poursuit Vanessa Redgrave.

     

    « Exactement, ajoute son fils. Des intérêts commerciaux, et politiques, mais il s’agit au fond d’une vue de l’esprit. Les frontières sont là uniquement parce que des humains l’ont décidé. Ils maintiennent cette idée et imposent cette idée. »

     

    Le producteur, pour illustrer les dangers inhérents à cette vision du monde, revient sur la montée du nazisme en Allemagne au cours des années 1930, rappelant comment ses tenants réussirent à mettre en avant un « nationalisme intégriste » qui mena à l’Holocauste.

     

    « Les nazis ont fait passer cette idée auprès des Allemands en profitant d’un contexte économique difficile », résume-t-il.

     

    « Et à cause de la faiblesse de l’opposition sociodémocrate et des politiques de Staline… » note Vanessa Redgrave.

     

    La Deuxième Guerre mondiale, on l’a dit, est très présente dans le film. Dès sa première intervention, la réalisatrice revient sur la Déclaration universelle des droits de l’homme, énoncée après le conflit. C’est là un des enjeux fondamentaux de son film.

     

    Responsabilité médiatique

     

    Fait intéressant, l’un des événements auxquels Douleur de la mer a été convié est le Festival international du film des droits humains de Nuremberg, où se tint le procès des forces alliées contre les responsables du IIIe Reich. Vanessa Redgrave dit y avoir été témoin d’une grande bienveillance envers les réfugiés.

     

    « Nous avons eu là-bas une rencontre très importante avec le président de l’Office fédéral pour l’immigration et les réfugiés. Nous avons constaté en discutant avec nombre d’Allemands combien ils se préoccupent des droits de la personne et des politiques tranchantes de l’UCS [Union chrétienne-sociale], qu’ils pensent que l’“alt-right”, l’Alternative für Deutschland [Alternative pour l’Allemagne], est un parti fasciste… Nous avons appris une multitude de choses horrifiantes, mais en même temps, nous avons constaté la volonté réelle des gens d’aider les réfugiés. »

     

    Ce volet positif, Vanessa Redgrave précise que son fils et elle n’en auraient rien su s’ils n’avaient pas fait le film. « Nous ne l’aurions certainement pas appris par les médias », poursuit-elle. « Ils n’en ont plus que pour la montée des extrémismes anti-réfugiés », intervient Carlo Nero. « Les médias ne rapportent pas le soutien concret, et constant, que fournit le peuple allemand », se désole Vanessa Redgrave.

     

    Initiatives positives

     

    Des propos qui font écho à ceux de lord Alfred Dubs, un participant qui s’est battu pour que l’Angleterre accepte 3000 enfants réfugiés en 2015-2016. Il est lui-même un enfant du Kindertransport, opération humanitaire ayant vu l’Angleterre accueillir 10 000 enfants, surtout juifs, lors de la Deuxième Guerre mondiale. Dans le documentaire, lord Dubs remarque que le gouvernement a adopté sa proposition grâce surtout aux pressions de la population qui, précise-t-il, a fait fi « des horreurs qu’écrivaient les médias sur les réfugiés ».

     

    Du même coup, on repense à la présentatrice Anita Rani qui, dans le film, confie : « La rhétorique ambiante nous éloigne de l’humanité, et je suis venue ici pour être entourée de gens qui ressentent ça, et pour retrouver cette certitude que nous appartenons tous au genre humain. »

     

    C’est là, au fond, le but ultime du documentaire : aborder l’enjeu des réfugiés en mettant l’accent sur les initiatives positives, et surtout en célébrant le courage des réfugiés.













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