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    «The Meyerowitz Stories» – Famille, je vous hais (à l’occasion)

    13 octobre 2017 | André Lavoie - Collaborateur | Cinéma
    Danny (Adam Sandler, étonnamment juste) joue le demi-frère de Matthew (Ben Stiller), considéré par tous comme le préféré du patriarche de la famille Meyerowitz.
    Photo: Netflix Danny (Adam Sandler, étonnamment juste) joue le demi-frère de Matthew (Ben Stiller), considéré par tous comme le préféré du patriarche de la famille Meyerowitz.

    Espérer quelque chose d’Adam Sandler, est-ce encore possible ? Sa carrière est encombrée de platitudes, avec ici et là de rares perles, dont Punch-Drunk Love, de Paul Thomas Anderson, auxquelles il faudra maintenant ajouter The Meyerowitz Stories (New and Selected), de Noah Baumbach (The Squid and The Whale, Frances Ha, While We’re Young), celui qui poursuit la grande tradition de l’humour juif new-yorkais au cinéma.

     

    Encore une fois dans son univers où les névroses s’étalent de façon théâtrale, et à plein volume, celles-ci s’articulent ici autour d’une famille dominée par un père sculpteur, Harold Meyerowitz (Dustin Hoffman, impérial), qui semble avoir tout raté : sa carrière, ses mariages, et surtout ses enfants, trois de deux conjointes différentes. Au moment où l’on s’apprête à organiser une rétrospective de son oeuvre — non, pas au MoMA, là où un ami aura droit à la sienne, à son grand désarroi — et où sa maison pourrait bien être vendue, avec tout ce que contient son atelier, c’est l’occasion pour les enfants de se réunir. À contrecoeur.

     

    Danny (Adam Sandler, étonnamment juste), fraîchement divorcé et soucieux devant le départ de sa fille pour ses études en cinéma, s’oppose violemment à cette vente, mais il ne trouve pas vraiment d’alliés auprès de sa soeur Jean (Elizabeth Marvel, un rôle ingrat défendu avec aplomb) et de son demi-frère Matthew (Ben Stiller), un riche agent d’artistes établi à Los Angeles, considéré par tous comme le préféré du père. L’idée de tout bazarder enchante surtout Maureen (hilarante Emma Thompson en vieille hippie), la dernière conjointe en titre de Harold, et la tension monte d’un cran, accentuée par des soucis de santé qui éclipsent temporairement le patriarche de la dynamique névrotique familiale.

     

    Celle-ci se déploie sous forme de chapitres, autant de tranches de vie qu’un montage parfois incisif interrompt pour mieux explorer chacun des personnages, rarement sympathiques, souvent imprévisibles (c’est un euphémisme). Sous la gouverne de Noah Baumbach, un habitué des débordements émotifs et des logorrhées verbales, ces antihéros traversent l’écran au pas de course, hurlent à pleins poumons, et ne cessent de s’humilier en public (même lorsqu’ils rendent hommage à leur père !), autant de situations cocasses ou ambiguës se succédant dans une frénésie réjouissante.

     

    Grâce à une force d’attraction comparable à celle de Woody Allen, il attire à sa suite une foule d’acteurs connus, des habitués (dont Ben Stiller), mais aussi quelques figures respectées (Adam Driver, Candice Bergen), le temps d’une scène, ajoutant ainsi une touche particulière. Il s’agit bien sûr d’agréables distractions dans un film oscillant souvent entre rires et larmes, cris de joie et saintes colères — contre les automobilistes, le personnel médical ou un vieil homme sénile autrefois libidineux. Les cibles de ces êtres blessés sont nombreuses, mais ces derniers ne visent jamais aussi juste qu’en direction de leur propre fratrie, aidés par un cinéaste qui pratique depuis longtemps l’art de la dérision verbomotrice. Avec un sourire carnassier.

    The Meyerowitz Stories (New and Selected)
    ★★★
    Comédie dramatique de Noah Baumbach. Avec Dustin Hoffman, Adam Sandler, Ben Stiller, Elizabeth Marvel. États-Unis, 2017, 110 minutes.












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