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    «Humanorium» clôt le marathon d’art KM3

    13 octobre 2017 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    «Le Freak Show», de l’artiste Joan Fontcuberta, place les spectateurs devant l’intenable.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Le Freak Show», de l’artiste Joan Fontcuberta, place les spectateurs devant l’intenable.

    L’événement KM3, exposition-festival d’art dans l’espace public, est dans ses derniers milles. Pour le clore, une partie des Jardins Gamelin — appellation festivalière donnée par le Quartier des spectacles à la place Émilie-Gamelin — a été transformée en fête foraine.

     

    Art contemporain et fête font-ils bon ménage ? Et comment ! Même que le projet Humanorium, l’étrange fête foraine réussit davantage. Il s’intègre fort bien à son environnement et lui ajoute une valeur, contrairement à plusieurs oeuvres de KM3 qui dépassent mal la teneur décorative ou ludique.

     

    Dans Humanorium, il y a le mot humain. Ce n’est pas sans raison. L’humain est au coeur de l’aventure, autant dans le contenu (le motif du corps domine) que par la forte expérience physique et sensorielle.

     

    Il faut aussi noter que Humanorium valorise la mixité de la place Émilie-Gamelin, une mixité que d’autres rebutent. Les itinérants et autres usagers habituels du site sont non seulement invités à la fête, certains ont contribué à son bon déroulement. Sans discrimination, et sans faire la morale, l’art s’exprime ici dans toute son humanité.

     

    Venue de Québec — elle a été créée en marge de l’inauguration du pavillon Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec —, cette exposition dans l’exposition s’inspire des fêtes foraines. Les oeuvres d’art actuel qui la composent prennent place dans de singuliers espaces, un chapiteau, une roulotte ou encore un stand de tir.

    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le stand de tir, où l’autoportrait de l’artiste Marc Séguin sert de cible.
     

    Quelque part entre l’étrange et le vieillot, le burlesque et le sensationnalisme, Humanorium invite à expérimenter l’espace public en dehors des normes d’usage. On s’amuse certes (Le carrousel, de BGL), on sourit souvent (Zoltar le cadavre exquis, du Théâtre rude ingénierie), mais on en sort aussi avec la forte impression d’avoir été bousculé dans notre confort.

     

    Le Freak Show, Le musée de la mort, La chambre des curiosités : les titres de certaines oeuvres-stations préviennent le visiteur. Sans qu’on sache trop à quoi s’attendre. Après avoir croisé à la sortie du métro un homme au regard inquiétant et armé d’une immense croix, on est de toute façon prêt à faire face à n’importe quoi. Le freak show ? Déjà vu.

     

    En fait, l’installation Le Freak Show, de l’artiste et commissaire catalan Joan Fontcuberta, nous place devant l’intenable. Et sa série de photos tirées du Web pose la question : qu’est-ce que la normalité, qu’est-ce qu’un monstre ? Entre les déformations « naturelles » et les altérations voulues auxquelles on fait face, difficile d’y répondre.

    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L'exposition «Le musée de la mort», de Jack Burman, joue sur les cordes sensibles des spectacteurs. 
     

    Le Torontois Jack Burman joue aussi sur nos cordes sensibles avec Le musée de la mort. Ici, des photos grand format et léchées nous présentent des restes humains dans un état douteux de conservation. Ou de putréfaction, qui sait ?

     

    Dans leurs cabinets de curiosité, Dgino Cantin et Louis Fortier donnent aussi à voir un monde différent et unique à chaque spécimen. Une coche sensationnaliste plus bas, cependant.

    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Manège déjanté, plaisir assuré, dans des paniers d’épicerie, au «Carrousel», du trio BGL
     

    Les expériences déroutantes prennent une dimension sonore ou littéraire avec les projets d’Érick D’Orion et du Théâtre Rude Ingénierie. Avec le manège en chariots d’épicerie et clôtures métalliques de BGL — une oeuvre créée en 2014 et enfin présentée à Montréal —, la fête devient joyeuse. Et le spectateur devient spectacle.

     

    La vidéo Mon chemin de croix du duo Eruoma Awashish et Nicolas Lévesque s’expérimente les yeux collés sur un mutoscope, vieux dispositif cinématographique. L’anachronisme assumé répond au propos de l’oeuvre, basée sur le métissage des cultures.

     

    Le personnage qui aboutit dans une église catho demandant « en qui, en quoi » nous croyons résonne étrangement avec l’hurluberlu anti-avortement et sa croix géante. L’époque des missionnaires est-elle de retour ?

     

    Le malaise peut se manifester de manière très concrète. Et le critique qui accepte de saisir le lance-pierres et de viser l’autoportrait de Marc Séguin se place dans une drôle de situation. Ce stand de tir n’est pas un simple jeu forain.

     

    À noter que ceux qui réussissent à tacher le visage au centre de la cible gagnent un prix. Une affiche de Marc Séguin ou de n’importe quel autre kiosque.

     

    Humanorium revivra dans d’autres villes en 2018, y compris hors des frontières du Québec. Le projet a été soutenu par les programmes gouvernementaux et notamment par la bourse Nouveau chapitre du Conseil des arts du Canada.

     

    L’étrangeté est aussi ambulante.

    Humanorium, l’étrange fête foraine
    Une présentation d’ExMuro dans le cadre de KM3. Aux Jardins Gamelin, jusqu’au 15 octobre.












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