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    Celle qui est vue, celle qui regarde

    Elina Brotherus brouille les frontières entre l’artiste et son modèle

    14 septembre 2013 |Marie-Ève Charron | Arts visuels
    Elina Brotherus, Artists at Work, 2010, vidéo HD, 41 min 11 s, format 16: 9, couleur, son stéréo, dialogues en finnois sous-titrés en anglais. Avec l’aimable autorisation de l'artiste.
    Photo: Elina Brotherus, Artists at Work, 2010, vidéo HD, 41 min 11 s, format 16: 9, couleur, son stéréo, dialogues en finnois sous-titrés en anglais. Avec l’aimable autorisation de l'artiste.
    Elina Brotherus
    Le Mois de la photo à Montréal
    Optica
    372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 508
    Jusqu’au 12 octobre

    Pour avoir été inaugurées en rafale la fin de semaine passée, les expositions du Mois de la photo à Montréal (MDP) imposent un rythme de visite difficile à soutenir. Parmi ce qu’il a été possible de voir jusqu’à présent, le travail d’Elina Brotherus présenté au centre Optica ressort fortement. Il revisite les conventions de l’autoportrait, d’une façon qui a toutefois si peu à voir avec la thématique du drone choisi par l’événement qu’il est tentant d’en faire tout simplement abstraction.

     

    L’autoportrait, l’artiste d’Helsinki le pratique avec la photographie depuis la fin des années 1990 dans des compositions souvent étudiées où elle s’inscrit dans des espaces domestiques ou dans des paysages. Les deux sont présents dans la série 12 ans après (1999-2012), exposée chez Optica dans la grande salle, qui se décline justement en deux sous-ensembles ; l’un donne à voir l’artiste dans des paysages enveloppés de brouillard, l’autre dans un appartement à Paris alors qu’elle arrive pour s’y installer.

     

    L’artiste joue particulièrement de séduction avec les paysages dans lesquels sa silhouette se découpe parfaitement dans des poses qui rappellent les clichés du genre dont elle s’empresse ensuite de s’affranchir. Là, le nu est botté. Ailleurs, le personnage, en écho à la composition bien maîtrisée, adopte une posture d’équilibre légèrement ridicule contrastant avec le contexte si empreint de gravité.

     

    L’autre ensemble, moins formaliste, explore davantage les états psychiques de l’artiste dans son nouveau milieu de vie où elle doit apprendre le français, comme l’attestent les post-its arborant le nom de ce qui l’entoure. Autant l’artiste se prend pour modèle, autant elle compose ses images d’après d’autres modèles, très souvent hérités de la peinture. Les titres sont évocateurs de cette tradition que Brotherus actualise.

     

    Deux rôles à la fois

     

    La série n’est toutefois que le joli préambule à la pièce de résistance de l’exposition : The Artists at Work (2010). La vidéo met en scène l’artiste avec deux peintres pour qui elle joue le rôle de modèle. Ils font de la peinture de chevalet traditionnelle et le nu féminin est leur genre obligé, comme le montre l’histoire de l’art qui en est truffée. Les conventions du genre reposaient et engendraient une dynamique inégale, selon les féministes, entre l’artiste et son modèle, entre celui, actif, qui regarde et celle, passive, qui est vue dans l’image.

     

    La vidéo perturbe justement cette dynamique tout en en rappelant les marques habituelles. C’est pourquoi il est si étrange de voir l’artiste quitter la pose pour s’occuper de ses appareils photo et caméras dont elle se sert pour capter les séances de travail. Comme d’autres artistes avant elle, Brotherus emploie aussi un déclencheur à distance - pour le commissaire du MDP, la raison qui a motivé son choix - qui lui permet d’occuper deux rôles à la fois et de l’imposer en retour aux peintres qui doivent s’arrêter le temps d’un déclic.

     

    L’un d’eux se moque gentiment en faisant remarquer que la photographie est si difficile alors qu’il peine sur sa toile, mettant en relief ce qui, de la photographie et de la peinture, les distingue, autre débat séculaire. Les échanges savoureux survenant entre les protagonistes sont donc l’autre ingrédient de cette oeuvre captivante qui fait oublier sa durée de quelque 40 minutes.

     

     

    Collaboratrice

    Elina Brotherus, Artists at Work, 2010, vidéo HD, 41 min 11 s, format 16: 9, couleur, son stéréo, dialogues en finnois sous-titrés en anglais. Avec l’aimable autorisation de l'artiste. Elina Brotherus, Exercice d’équilibre, 2011, de la série 12 ans après (1999-2012). Avec l’aimable autorisation de l'artiste. Elina Brotherus, Le Reflet, 1999, de la série 12 ans après (1999-2012). Épreuve à jet d'encre à pigments sur papier chiffon baryté beaux-arts, 70 x 56 cm.<br />
Elina Brotherus, Artists at Work, 2010. Vidéo HD, 41 min 11 s, format 16:9, couleur, son stéréo, dialogues en finnois sous-titrés en anglais.<br />












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