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    La femme forte d’«Urbania»

    À travers son filtre féministe, Rose-Aimée Automne T. Morin cultive l’omniprésence médiatique et le goût des autres

    La rédactrice en chef d’«Urbania» a lu Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre avant même l’adolescence.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La rédactrice en chef d’«Urbania» a lu Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre avant même l’adolescence.

    Par curiosité, Rose-Aimée Automne T. Morin a récemment voulu consulter sa cote de crédit. Pour se rendre compte qu’avec son coloré nom à penture, elle avait… de multiples identités. « Je conseille à personne d’avoir cinq noms ! »

     

    Dans le travail, par contre, la jeune femme de 28 ans évite de s’éparpiller, même si elle est très occupée depuis quelques mois. Elle aime rencontrer et comprendre les autres, et traverse presque tout ce qu’elle touche de son regard féministe.

     

    Rose-Aimée Automne T. Morin se définit d’abord comme rédactrice en chef du magazine papier Urbania, où elle est en poste depuis deux ans. « J’ai croisé Philippe Lamarre, le fondateur d’Urbania sur un plateau, et ç’a été un coup de foudre professionnel, raconte celle qui a étudié en création littéraire, en communication et en anglais. Le lendemain, il me donnait un contrat et on partait main dans la main. »

     

    Voir ailleurs

     

    T. Morin multiplie les contrats ces temps-ci. On peut voir la rousse chroniqueuse à ALT, sur les ondes de Vrak, à La vie n’est pas qu’un magazine, et à Esprit critique du côté d’Artv. Elle est régulièrement invitée à la radio publique, dont à On dira ce qu’on voudra, qui laisse beaucoup de place à de nouvelles voix.

     

    Son prochain passage à la télévision se fera dans le cadre de la série documentaire Urbania, qui sera diffusée à Artv dès le 4 mai et où elle servira de guide à travers les différents reportages, en plus d’en mener un elle-même à chaque épisode. Pour l’instant, quatre émissions thématiques sont prévues : l’armée canadienne, les nouveaux riches, la rupture et le nouveau féminisme.

     

    « C’est vraiment l’adaptation du magazine, mais à l’écran. On garde les rubriques qui nous sont chères, comme les chiffres et les confessions. Il y en a qui vont être surpris par la rigueur de certains de ces reportages. Il y a des affaires qui ébranlent vraiment dans les documentaires qu’on a faits. »

     

    En avant toute ?

     

    Dans les photos de presse de cette série télé, on voit Rose-Aimée debout, entourée de son équipe, assise. Dans les articles qu’elle signe dans le magazine papier, elle est aussi souvent présente dans le récit, même dans les photos. Sur les réseaux sociaux, elle se met régulièrement en scène, au travail comme à la maison.

     

    Elle hoche la tête en voyant venir la question. Cherche-t-elle les projecteurs ? Ses réponses seront paradoxales, mais assumées. « Pour moi, je suis rédactrice en chef d’un magazine et j’ai des hobbies qui se trouvent à être de faire de la télé et de la radio, dit celle qui ne se décrit pas comme journaliste. Mais je pense que Philippe Lamarre a rapidement eu envie que je devienne un peu le visage d’Urbania, la porte-parole. Le ton qu’on a, je crois le porter en moi de façon instinctive. »

     

    Du même souffle, elle affirme ne pas avoir la volonté, le besoin d’être devant l’écran. « J’ai la volonté de rencontrer des gens et de leur donner la parole. [Tous ces contrats], c’est un concours de circonstance que j’apprécie, que je trouve chouette pour l’instant, mais je trouve que ça peut facilement venir avec une pression que je n’ai pas envie de m’imposer. »

     

    Rose-Aimée Automne T. Morin rappelle d’ailleurs que c’est comme recherchiste qu’elle a commencé sa carrière, avec Éric Salvail d’abord pour l’émission Fidèle au poste, puis avec Marie-France Bazzo à Bazzo.tv. « C’est à la fois être journaliste, psychologue et communicateur, mais sans avoir la pression de l’écran. Tu travailles dans l’ombre, mais tu as infiniment de pouvoir. C’est tellement l’fun ! »

     

    Regard féministe

     

    L’idée de rencontrer les autres reviendra au fil de la discussion. Comme l’autre grand thème qui teinte tout son travail : le féminisme. « Ça prend toute la place, lance-t-elle. Pour moi ce n’est pas un sujet, c’est un angle d’analyse, c’est une façon de voir la vie. À ALT, par exemple, peu importe le sujet que j’aborde, je vais finir par l’analyser d’un point de vue d’égalité des genres. C’est plus fort que moi. On m’a éduquée comme ça. »

     

    Et ce n’est pas une métaphore, assure-t-elle. L’histoire est étonnante. À sa naissance, son père était atteint d’un cancer qui ne lui donnait que quelques années à vivre. « Et il avait comme mandat de créer une adulte dans le corps de la jeune fille que j’étais. Il fallait faire une féministe. C’était important : si j’étais pour grandir sans qu’il puisse me protéger, il fallait que je sois capable de me défendre. »

     

    Ce qui concrètement voulait dire lire Simone de Beauvoir à 9 ans et La nausée de Jean-Paul Sartre l’année suivante. « J’en ai fait un exposé oral à l’école. Et la professeure, qui n’en revenait pas, m’a rencontrée avec mes parents ! »

     

    Dans cette perspective, de tous ces contrats, c’est celui avec l’équipe de l’émission ALT qui la rend la plus heureuse. « De pouvoir dire aux jeunes femmes qu’elles peuvent faire ce qu’elles veulent, qu’elles peuvent prendre parole, qu’elles ne sont pas obligées d’avoir peur, je trouve ça magnifique. »

     

    Conséquences

     

    À l’instar de ce qu’ont récemment raconté plusieurs chroniqueuses féministes, Rose-Aimée avoue recevoir son lot d’attaques personnelles sur les réseaux sociaux. Mais elle aime le Web et la discussion qu’il rend possible avec les lecteurs.

     

    Elle croit aussi qu’« on est obligé de se faire une image d’entreprise personnelle » sur Internet dans son métier. Ce qui réduit d’autant la distance avec les internautes toxiques. « Vu qu’on est 100 % joignable, le harcèlement ne se vit pas de 9 à 5 au bureau, il se vit la fin de semaine, il se vit le soir quand je rentre chez nous et qu’on m’écrit : “t’es conne mais je te fourrerais”. Ça n’arrête jamais. »

     

    Dernièrement, un troll notoire pour ses attaques répétées contre les femmes lui a écrit qu’elle avait « une tarenvulve à la place du sexe ». Comme dans tarentule et vulve. « Je me suis dit que je devais me le réapproprier, plutôt que de le subir, rigole Rose-Aimée, en bombant le torse. Alors ce sera, éventuellement, si je le mérite, ma bio Wikipédia. » Celle d’une vie qui ne manque déjà pas de piquant.













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